De tous les procédés comiques existant, l'humiliation est surement le plus abjecte lorsque celle-ci elle est grossièrement utilisée. Pourtant, le genre est à la mode. Parks & Recreation s’y était par exemple essayé dans sa première saison ratée, pour vite l’abandonner et atteindre les sommets de la nouvelle comédie.
Melissa McCarthy a donc choisi de se mettre dans nombre de situations embarrassantes, dont la gêne ne tarde pas à se transmettre au spectateur. A tel point, que la première partie du film en devient insupportable. D’autant que, comme d’habitude, l’humiliation est accompagnée de ses deux petites cousines, à savoir les remarques sexuelles et scatophiles.
Après, je comprends très bien qu’il s’agit d’une parodie des films du genre, que c’est à prendre au 3000ème degré et que le personnage de Susan prend une tournure qui sort du procédé d’humiliation au fil du métrage. Mais le problème, c’est qu’en empruntant tous les codes des films d’espionnage et en ne trouvant pas sa propre voie, Spy a trop souvent la mauvaise habitude de se prendre au sérieux. Et puis, le comique d’humiliation ne se limite pas à McCarthy mais se propage presque à l’ensemble du casting. Ca aurait pu avoir son charme mais pour fonctionner, il aurait fallu aller encore plus loin, plus loin dans l’absurde, la parodie. Difficile donc d’apprécier l’humour quand on se retrouve le cul entre deux chaises, d’autant que ça laisse des marques.
La mise en scène de loosers magnifiques requiert en effet un art de la délicatesse qui se doit d’être précis et accompagné d’un charme absolu. Ce fut le cas par exemple dans Sunset Boulevard, Inside Llewin David, ou enfin dans The Big Lebowski. Mieux encore, l’humiliation est indispensable au cinéma de Bergman, particulièrement dans la nuit des forains. Autant vous dire qu’on est loin du charme et de la délicatesse du réalisateur suédois. C’est un des exercices les plus difficiles, et malheureusement, Spy ne fait que taper grossièrement dans le lard, en caricaturant une Susan Boyle, à qui on emprunte le nom, la dégaine et la coiffure.
Là où les dialoguistes ont fait vraiment très fort par contre, c’est dans l’écriture de l'agent incarné par Statham. Ses monologues sont extrêmement efficaces avec un comique de répétition et une surenchère hilarante. C’est toujours amusant d’ailleurs de voir un acteur dramatique qui plonge la tête la première dans un rôle comique. On a d’ailleurs eu De Niro avec Dirty Grandpa récemment dans le genre. On peut encore citer Tom Cruise dans Tropic Thunder, Leslie Nielsen dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, ou enfin Harrison Ford dans Working Girl.
Le reste des points pour les rires arrachés, voire les rires francs, pour le caméo de 25 secondes de 50 cent et enfin le caméo de 12 secondes d’un acteur de The Office US.
Ce n’est donc la mise en scène de ratés que je dénonce, mais son procédé. Spy incarne ainsi le film typique de l’abus du comique d’humiliation. Il n’a ni le charme ni l’absurdité nécessaire pour se sortir de ce gouffre initial.