Staying Alive, c'est la rencontre manquée entre Rocky et Tony Manero.
En prenant les commandes de la suite de La Fièvre du samedi soir, Sylvester Stallone signe un succès commercial, mais aussi un film sévèrement étrillé par la critique, et à juste titre.
Son erreur fondamentale est d'avoir voulu transformer Tony Manero en un Rocky version piste de danse. Or, Tony est précisément l'antithèse du boxeur de Philadelphie. Là où Rocky est porté par des valeurs de courage, d'humilité et de persévérance, Tony Manero est un personnage profondément égocentrique. Il vit pour le samedi soir, le disco, les belles filles et son apparence. Son style compte davantage que ses principes. D'ailleurs, a-t-il seulement de véritables valeurs ? Il possède surtout un ego démesuré.
L'action se déroule cinq ans après La Fièvre du samedi soir. Le disco est déjà sur le déclin ; les années 80 imposent une nouvelle esthétique, celle du fitness et de la réussite individuelle, en pleine ère Reagan. Tony est devenu professeur de danse, travaille comme serveur et rêve désormais de conquérir Broadway.
C'est précisément là que le film déraille. Son postulat relève davantage du conte de fées que de la continuité psychologique. Tony Manero est soudain devenu un jeune homme sympathique, travailleur et animé d'une ambition presque exemplaire. John Travolta est irréprochable et déploie une énergie impressionnante, mais ce personnage n'est plus celui que nous avions quitté.
Stallone a soit volontairement édulcoré Tony Manero, soit profondément mal compris ce qui faisait sa singularité. Le magnifique loser imaginé par le premier film laisse place à un winner typiquement façonné par les années 80. Une transformation qui trahit l'essence même du personnage.
Pris isolément, Staying Alive n'est pas un mauvais film. C'est un divertissement efficace, porté par des chorégraphies spectaculaires et un Travolta au sommet de sa forme physique. Mais en tant que suite de La Fièvre du samedi soir, il passe complètement à côté de son sujet. La comparaison est inévitable… et elle est impitoyable.