Notes sur le film : Hâtivement, on pense à Esprits Rebelles (1995) avec Michelle Pfeiffer, puisque, thématiquement, les deux films se rejoignent sur l’observation du rapport qu’entretient une figure d’autorité conciliante avec une jeunesse violente. Reste que, Steve, de Tim Mielants, auteur de l’intéressant Tu ne mentiras point (2025), a lui une unité de temps – 24h - et pratiquement de lieu pour développer son récit… tout en ayant la mauvaise idée de charger la mule dramatiquement parlant – ce qui le rapproche, ici aussi, d’Esprits rebelles.
En effet, désireux de dédouaner les jeunes difficiles de leur attitude frondeuse, cette fiction de gauche montre, patiemment, que c’est avant tout l’environnement qui est responsable de la plupart de leurs maux : des parents qui rejettent froidement au téléphone leur enfant « menaçant » ; une équipe de télévision qui viole l’intimité des jeunes tout en les caricaturant ; et, pire, un référent (Cillian Murphy) qui a de graves problèmes personnels – l’alcoolisme, qui ne semble pas échapper à l’un des ados clairvoyants. Les manques évidents des jeunes, qui se battent entre eux et sont d’une grande insolence, paraissent alors faibles en comparaison, d’autant que l’établissement qui les accueille va même être vendu au plus offrant « dans six mois », signe qu’un nouveau coup dur ne leur sera pas épargné.
Mais à nous non plus : un tel sujet aurait mérité plus de doigté face à ce que le récit veut ostensiblement nous faire comprendre – les problèmes sont structurels – à grands renforts de mouvements chaloupés et superficiels de la caméra. Or, au fond, nous ne demandions qu’à comprendre pourquoi les encadrants aiment à ce point ces jeunes – ce qui est annoncé de manière grandiloquente à la fin du film -, pour pouvoir les aimer à notre tour. Mais Steve, sur-dramatisé et sur-filmé, échoue sur ce point précis, et le château de cartes sur lequel reposait toute sa démonstration s’effondre alors – parce que, à l’aune du film, si l’on ne pense pas que les ados sont que des victimes, comment croire que la problématique dominante est essentiellement structurelle ?