Mon titre en dit à la fois trop et pas assez. Stranger Eyes est un thriller (il est annoncé comme tel par sa fiche technique) intrigant, plein de tension et dans lequel on marche en plein mystère, plein brouillard, pendant une grande partie de ses 124 minutes. Le film étant sino-singapourien, à l'image de son réalisateur Yeo Siew Hua, les visages des 3 ou 4 personnages principaux, comme d'ailleurs celui de l'inspecteur de police, restent énigmatiques et ne nous aident pas beaucoup à démêler le fond de l'histoire. Si on reste très attentif pendant toute la durée du métrage, on y arrive quand même, surtout dans la dernière demi-heure. L'argument du film est simple : dans la ville de Singapour, un jeune couple (partageant leur appartement avec la mère du jeune homme) se font kidnapper leur petite fille (2 ou 3 ans) et la recherchent désespérément. Parallèlement, ils se mettent à recevoir des disquettes de leur vie familiale postées ou déposées devant la porte de leur appartement, un peu comme dans Lost Highway, par un mystérieux quinquagénaire qui semble beaucoup s'intéresser à eux. Le jeune mari, qui était sorti promener la fillette lorsqu'elle a échappé à sa surveillance, se sent, bien sûr, extrêmement coupable vis à vis de sa femme. Dans son deuxième tiers, le film s'intéresse beaucoup (trop) au quinquagénaire posteur des disquettes. Et le spectateur n'en est que plus intrigué. En dire plus sur le scénario serait spolier.
J'ai beaucoup aimé ce film, beaucoup aimé l'histoire (le scénario est aussi de Siew Hua), dont certains aspects restent assez mystérieux, sans que ça nuise à l'intérêt de l'opus, bien au contraire. Au moment du générique final, il me restait deux scènes que je ne m'expliquais qu'à moitié, mais ces zones d'ombre ont participé à mon plaisir. Le casting est bon ; j'ai particulièrement apprécié les deux acteurs jouant le quinquagénaire "voyeur" (Lee Kang-sheng) et le jeune mari distrait (Chien-Ho Wu). Bonne photographie, super bande-son. Excellente réalisation de Yeo Siew Hua.