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C'est muni d'un casque digne d'un Bioman, d'un gilet pare-balle recouvert d'une peau de croco et d'un bouclier en tête d'alien que je m'apprête à crier au monde (enfin à une trentaine d'internautes) tout l'amour que je porte à "Sucker Punch", film extrêmement mal-aimé du déjà pas très adoré Zack Snyder. Autant dire que ça va faire mal mais moi pas peur, car comme chacun sait, après la bataille vient le repos du guerrier. La partie la plus intéressante, n'est-il pas ?

Alors que le bonhomme s'était contenté jusque là d'adapter les oeuvres des autres, qu'il s'agisse d'un classique du cinéma d'horreur ou de comic-books cultes, Zack Snyder imagine cette fois sa propre histoire à lui, basée bien évidemment sur les univers qu'il affectionne, tous médias confondu. Avec la boulimie qu'on lui connait, Znyder va mélanger dans sa grande marmite jeunes nymphes courtes-vêtues, soldats zombies, dragons ou bien encore samouraïs géants. De quoi faire saliver le geek ou la geekette qui sommeille en chacun de nous. Sauf que ce n'est que la partie visible d'un iceberg bien plus complexe, n'en déplaise à ses détracteurs.

Par le biais d'une superbe introduction stylisée à outrance, Zack Snyder joue cartes sur table, tentant de nous expliquer à sa façon que le spectacle qui va se dérouler devant nos yeux ne sera pas vraiment ce qu'il paraît être, labyrinthe mental où l'illusion règne en maître, où les apparences sont souvent trompeuses. Alors que nous pensions avoir affaire à de la pure héroïc-fantasy, le récit se déroule au contraire dans un monde bien réel (du moins du point de vue de l'héroïne), où les êtres qui le peuplent sont bien plus dangereux et terrifiants que n'importe quel monstre tentaculaire.

Le cinéaste va ainsi superposer plusieurs univers à la façon d'une poupée gigogne, plongeant tête la première dans la psyché d'une jeune femme fuyant la réalité dans l'imaginaire. Rien de neuf dans la démarche, soit, mais Snyder a au moins le mérite de tenter quelque chose alors qu'il aurait très bien pu se contenter de tout faire péter. Le spectateur va ainsi être baladé entre l'ambiance froide et sordide du monde réel, le clinquant d'une réalité modifiée et l'onirisme des échappées fantasmagoriques, seule échappatoire possible de l'héroïne.

Mêlant le film carcéral à la dark-fantasy et à la comédie musicale, Snyder se fait visiblement plaisir, ravi d'offrir aux spectateurs des séquences rarement vues sur un écran de cinéma, shootant ses scènes d'action avec une maîtrise certaine (si l'on excepte ses sempiternels ralentis) et une générosité que l'on ne peut que saluer, triturant l'image (ainsi que des standards de la chanson) afin d'atténuer le plus possible la frontière entre cinéma et comic-book, entre septième art et jeu vidéo. Si, au premier abord, l'univers onirique mettant en scène des amazones increvables peut paraître dénué d'enjeux, ces derniers sont au contraire bien présents, chaque niveau illustrant la force grandissante de son héroïne et trouvant une résonance dans la réalité.

En plus d'être un spectacle grandiose, "Sucker Punch" bénéficie d'un casting impeccable, qu'il s'agisse de ses jolies guerrières ou des seconds rôles. Si les personnages de Jamie Chung et Vanessa Hudgens manquent trop de consistances pour avoir une utilité autre qu'accessoire, Emily Browning est réellement émouvante, tandis qu"Abbie Cornish est aussi badass que sexy et que Jena Malone, attachante, paraît sortir tout droit d'une version live de "Appleseed". On appréciera également la présence de Carla Gugino, de Oscar Isaac et surtout du trop rare Scott Glenn, impayable en sensei digne de Chuck Norris.

D'une générosité qui n'a d'égale que sa maladresse, "Sucker Punch" est un hymne à l'imaginaire, à l'abandon de soi comme ultime liberté, bien plus complexe que ne le pensent certains, oeuvre-somme bancale et imparfaite d'un cinéaste sympathique qui ne demande qu'à faire rêver son prochain, dont il sera intéressant d'observer la direction que prendra la carrière après l'énorme "Man of steel".

A noter qu'une version longue est disponible en bluray, plus longue de dix minutes, replaçant le numéro musical à peine aperçu dans le générique de fin dans le récit et surtout, rendant toute son ambiguïté au personnage du High Roller (interprété par Jon Hamm, Don Draper en personne !) et son sens au titre. Une version à privilégier cela va sans dire.

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