Sucker Punch par TheGreatGatsby
Volontairement décousu et parfois d’une classe folle, Sucker Punch est un objet filmique étonnant qui brasse les genres, du thriller à la SF, en passant par la comédie musicale et qui emprunte autant voir plus au jeu vidéo, à la BD qu’au cinéma. Moins cryptique et second degré que Southland Tales de Richard Kelly, moins cohérent dans son univers que Matrix, le film de Snyder a les limites de sa construction un peu artificielle et du degré d’adhésion du spectateur aux univers geek.
Comme dans Avalon de Oshii, mais avec infiniment moins de grâce, on sent l’influence du jeu vidéo. Les personnages ont des objectifs clairement définis (récupérer un plan, du feu ou un couteau) et des obstacles à éviter. On ne serait pas surpris de voir une incrustation type « Boss en approche » ou « Mission accomplie » avec un décompte de points. Les 4 grandes scènes d’action, dans des univers typés (SF, guerre, heroïc fantasy…) différents, suivent cette logique, présentées comme des niveaux bien distincts d’un même jeu. Il en résulte souvent quelque chose d’étonnant visuellement mais d’un peu gratuit et répétitif. L’action n’a pas tellement d’enjeu autre qu’esthétique une fois intégré le concept de réalité différente et de survie via l’imaginaire.
Contrairement à ses précédents films qui s’appuyaient sur un univers existant, Sucker Punch est une création de Snyder et ça se voit. On retrouve une patte visuelle proche de 300 ou de Watchmen mais sans la cohérence d’univers ou de thème. Tout est un peu éclaté, disséminé au petit bonheur la chance. C’est voulu, comme pour coller au plus près de l’imaginaire de l’héroïne mais on cherche parfois en vain le fil qui réunirait l’ensemble.
La construction très libre du film se retourne souvent contre lui : des actrices résumées à leur plastique et différenciées seulement par leur physique, une direction d’acteurs pas toujours convaincante et écrasée par la grosse machine du film et une impression, comme chez Baz Lurhmann, d’un clip de 2h où passe seulement parfois un peu de cinéma et d’émotion.
Restent une maestria visuelle indéniable et une imagination débridée qui donne au spectateur, blasé d’action, un peu de nouveauté. Ca ne suffira pas pour tout le monde mais les plus férus d’univers parallèles, de genres et de geekeries y trouveront souvent leur compte. Imparfait, inégal mais fascinant et attachant.