Basé sur le roman français d'Entre les morts de Boileau-Narcejac, Sueurs froides d'Alfred Hitchcock (ou Vertigo selon le titre original, titre d'ailleurs plus logique) raconte l'histoire d'un ex-commissaire de police à San Francisco, John Ferguson (James Stewart), sujet à l'acrophobie, qui va enquêter sur le comportement étrange de la femme d'un ancien ami, l'hypnotisante Madeleine Elster (Kim Novak). Celle-ci serait possédé par l'esprit de son arrière-grand-mère maternelle, morte suicidée à ses 26 ans. John va progressivement tomber amoureux de Madeleine, et cet amour semble réciproque…
Le plot twist final du film réside dans le fait que tout ceci n'était qu'un coup monté orchestré par Grégoire Elster, le mari de Madeleine, pour tuer son épouse : il aurait fait appel à un sosie de sa femme afin de tromper John et de maquiller son meurtre en suicide, avec John étant la victime et le témoin parfait des "crises" de sa femme.
Si le génie du réalisateur n'est plus à prouver, ce film marque véritablement son apothéose. Le scénario du livre était déjà particulièrement bien construit et le film le magnifie amplement.
La première partie du film est centré principalement sur la filature de Madeleine. Les plans alternent : le spectateur voit tantôt la scène à travers les yeux de John, tantôt le visage de John, successivement intrigué, émerveillé et apeuré. Le spectateur, happé par la tension, est plongé dans l'esprit de John, alors même qu'aucune voix off ne décrit ses pensées.
La deuxième partie se concentre sur la rencontre et la passion naissante entre John et Madeleine. Les nombreuses pérégrinations des deux amants propose un voyage rafraîchissant dans un San Francisco des années 50 et de ses alentours. Elle se termine par la mort de Madeleine sous les yeux de John.
Enfin la troisième partie révèle au spectateur la supercherie dans un plan aux accents psychédéliques, là où l'on en venait à penser que John lui-même devenait fou. John retrouve une femme, Judy Barton, qui semble être le sosie presque parfait de Madeleine. Il s'agit bien sûr du sosie dont il était tombé amoureux. John, encore dévasté par la mort de Madeleine, montre qu'il n'arrive pas à se satisfaire de Judy, sosie imparfaite de Madeleine; c'est la retransformation progressive de Judy en Madeleine qui soignera à la fois son ultime mal (l'acrophobie) ainsi que sa folie, mais qui provoquera ironiquement la mort de Judy, comme un juste retour des choses.
L'obsession fantasmée de John à faire de Judy la Madeleine qu'il aimait ainsi que ses rêves filmés dans des tons psychédéliques où tout se confond (Carlotta, Madeleine, Judy) rappellent à certains égards l'Aurélia, de Gérard de Nerval, dans lequel la femme aimée en rêve est double, ces mêmes signifiant à la fois tout et rien, les arcanes du monde se révélant au narrateur. Dans Sueurs Froides, que ce soit le bouquet, le tailleur gris, le chignon ou le collier, la Muse du personnage principal ne fait qu'une avec ses attributs, et devient un mystère fantasmatique pour celui qui regarde; c'est bien l'histoire d'un spectateur qui regarde un spectateur fasciné.
L'utilisation de plans inédits: travelling arrière de la caméra combiné à un zoom avant, pour illustrer la sensation de vertige sont des prouesses cinématographiques qui achèvent de consacrer ce film comme l'un des meilleurs de son époque, et de toute époque.
Ce film intemporel est à voir absolument!