Suicide Club (Jisatsu Sākuru) de Sion Sono, bien que loué pour son ouverture choquante et mémorable (le suicide collectif de 54 écolières), peine à soutenir son concept initial, se transformant en un fouillis confus et frustrant plutôt qu'en une exploration profonde du désespoir social.
Problèmes de Rythme et de Cohérence Le principal défaut du film réside dans son scénario décousu.
Ce qui commence comme une enquête policière intrigante sur une vague de suicides inexpliqués déraille rapidement. L'intrigue s'éparpille entre de multiples pistes : les rouleaux de peaux humaines, le groupe pop "Dessert", le mystérieux site Internet et l'énigmatique figure du "Bat".
Aucune de ces pistes n'est véritablement conclue ou même suffisamment explorée, donnant l'impression que le réalisateur a empilé les idées sans les lier de manière satisfaisante.
Cette ambiguïté forcée est souvent perçue non comme de la subtilité, mais comme une paresse narrative qui laisse le spectateur perplexe, sans véritable arc de résolution pour le détective Kuroda.
Mise en Scène Indécise et Message Flou La mise en scène elle-même est critiquée pour son hésitation constante entre un style choc d'horreur asiatique et une tentative de réalisme cru.
Le film cherche visiblement à être une critique acerbe de la culture pop japonaise et de l'anonymat de la société moderne, perçus comme des catalyseurs du suicide de masse. Cependant, ce message est jamais vraiment subtil et se perd dans des scènes excessivement graphiques (le gore de la séquence d'ouverture, le suicide de l'hôpital) et des symbolismes opaques (les points rouges et blancs, les chansons enfantines). Le film veut dénoncer l'influence de la culture idole mais utilise ces mêmes éléments de manière dérangeante sans offrir une analyse convaincante.
L'effort semble faussement profond, reposant sur l'idée que laisser une fin totalement ouverte ou sans explication équivaut à de l'art.
Manque de Clarté Thématique Pour un film portant un titre si direct, l'absence d'une véritable explication derrière le phénomène de masse est frustrante.
Plutôt que d'expliquer comment ces groupes sont manipulés ou pourquoi ils choisissent la mort de manière si joyeuse, le film se contente de montrer le phénomène, laissant un vide.
Les spectateurs qui espéraient un lien tangible entre la J-Pop et la tragédie ou une organisation criminelle clairement définie (comme le suggèrent les indices) sont souvent déçus par l'absence de réponses concrètes.
Le sentiment général est celui d'un gâchis de potentiel, où un sujet puissant est desservi par une narration chaotique et un manque de clarté thématique, ne laissant finalement qu'une envie de gerber sans la catharsis d'une réflexion aboutie.