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"Sully" n'est pas un film sur l'héroïsme (ni sur le cyclimse ^^) mais sur la méprise, celle d'un homme finalement plus mal à l'aise lorsqu'on le prend pour un héros, camaraderie et contacts physiques à l'appui, que lorsqu'on remet en cause son jugement, qu'il questionne lui-même. Cette méprise, c'est sans doute un peu celle qui, longtemps après "L'inspecteur Harry", a continué de coller aux basques d'Eastwood-réalisateur, humaniste n'aspirant qu'à être l'honnête et humble artisan d'un cinéma sensible et nuancé, mais qu'on a longtemps pris aveuglément pour un macho droitard. C'est aussi, dans le film, l'hyper-humanisation de Sully dans le regard des uns et sa déshumanisation dans celui des autres, dans les deux cas complètement en porte-à-faux avec le personnage qui, de fait, ne peut plus partager qu'avec son copilote cette expérience traumatique qui le hante et que le cirque médiatique l'oblige à revivre ad nauseam.
Il y a évidemment l'idée, récurrente chez Eastwood, de gratter le vernis du mythe, ici celui des héros du 11 septembre, les pompiers, les sauveteurs, qui au fond faisaient avant tout le boulot pour lequel ils sont formés et payés. La scène des gardes-côtes et du conducteur du bateau bien emmerdé de devoir gérer la crise qui lui tombe sur les bras est plutôt explicite : "Sully", c'est un film sur un homme comme un autre qui a juste fait sérieusement le boulot qu'il était censé faire, comme le font les enquêteurs, qu'il respecte d'ailleurs, car comme lui, ils essaient simplement de faire leur job au mieux de leurs possibilités humaines dans un contexte d'intense pression (bureaucratique et médiatique).
Sous la patte de Clint, la scène de sauvetage aérien la plus spectaculaire de tous les temps devient ainsi presque anti-climatique, car montrée telle que Sully - le personnage eastwoodien, incarné par un Tom Hanks exemplaire de sobriété et de retenue - l'a vue et ressentie, c'est à dire comme une crise professionnelle à gérer avec le plus grand calme et la plus grande rigueur possibles. On est au plus près du personnage, de sa mélancolie, de son angoisse et de ses doutes, de sa gêne aussi face à l'intérêt qu'on lui porte et aux réactions émotionnelles exagérées voire déplacées de gens qu'il n'avait même jamais rencontrés. Un petit chef-d'oeuvre incompris, dont l'accueil aux US fit ironiquement écho au sujet.
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Créée
le 24 août 2026
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