Sunchaser
6.2
Sunchaser

Film de Michael Cimino (1996)

« T’es déjà de l’histoire ancienne »

The Sunchaser, chant du cygne de Michael Cimino, est le film de tous les excès, s’attache à un protagoniste médecin qui respecte de prime abord une hygiène de vie scrupuleuse pour l’intégrer à un voyage esthétique maladif et trébuchant fait de toutes les facilités des genres investis, des bons sentiments ultimes dévoilés à proximité d’un lac enchanté au thriller psychologique façon The Hitch-Hiker (Ida Lupino, 1953) mobilisant un flingue pointé en permanence sur la tempe ou l’entrejambe, en passant par le road movie et ses plans aériens sur des étendues captées alors que le soleil se couche ou se lève. La répétition à plusieurs reprises du surnom « Blue » en clausule semble expliciter la démarche d’un cinéaste soucieux de confronter par des clichés cinématographiques d’autres clichés d’ordre social et spirituel : Michael Reynolds est blanc, dispose d’une situation familiale et professionnelle équilibrée, d’un patrimoine financier certain, d’un langage châtié qui sait nommer avec précision la réalité scientifique ; face à lui se dresse le chétif Brandon Monroe, adolescent métisse en phase terminale qui parle comme un charretier, ingurgite quantité de malbouffe et de stupéfiants.

Un travelling résume parfaitement sa condition et son martyre : nous passons d’un très gros plan sur une affiche publicitaire pour une limonade sucrée de la marque Gatorade à un plan large sur la décapotable dérobée à l’arrière de laquelle végète son consommateur, par opposition au conducteur mangeur de carottes. Tout les oppose, et pourtant le récit les rassemble : placés au contact d’une Amérique désunie constituée de corps étendus à même le sol des quartiers craignos ou de motards hostiles imposant la puissance du groupe en obstruant l’accès aux toilettes, aussi brisée que le figure le plan d’un rétroviseur fendu alors qu’il reflète la bannière étoilée, engagés dans une balade depuis la grande ville (Los Angeles) jusqu’à la réserve Navajo, nos deux personnages effectuent dans la violence une révision de leur identité, suspendent leurs activités respectives pour mieux interroger les possibilités (transitoires) d’un vivre-ensemble.

Cimino livre, comme à son habitude, une satire sans concessions de l’american way of life, refuse toute approche fataliste en chantant l’hypothèse (devenue réalité) d’une réconciliation des peuples, d’une entente entre le rationnel et le spirituel, sans quoi la jeunesse est destinée à périr – la reprise, dans le restaurant routier, de la chanson composée par Roy Orbison pour Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni, 1970) ne relève pas du hasard et décline la perte des idéaux d’une jeunesse réprimée par la politique. Une réussite audacieuse et émouvante.

Créée

il y a 2 jours

Critique lue 4 fois

Critique lue 4 fois

1

D'autres avis sur Sunchaser

Sunchaser

Sunchaser

10

Davril

le 17 nov. 2010

Suivre

De Los Angeles aux reserves Navajos

A peine la moyenne pour un tel film, je comprend pas... c'est pourtant Cimino. Bon d'accord, être fan de Woody, ça aide. Mais c'est loin d'être indispensable. On n'a pas affaire à n'importe quel Road...

Sunchaser

Sunchaser

8

Boubakar

le 16 janv. 2012

Suivre

Road to nowhere.

Désormais condamné à ne plus réaliser un film (15 ans après "Sunchaser", ça a l'air malheureusement acquis), Michael Cimino réalise un très beau chant du cygne avec ce film plus personnel qu'il n'y...

Sunchaser

Sunchaser

7

Jérôme_Oren

le 18 févr. 2021

Suivre

Sunchaser : un road trip à redécouvrir

Injustement ignoré, boudé, méprisé, The Sunchaser est pourtant un honnête road trip qui ne démérite pas. Ce septième et dernier long-métrage de Michael Cimino embarque deux personnages que tout...

Du même critique

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

Astérix & Obélix - L'Empire du milieu

2

Fêtons_le_cinéma

le 1 févr. 2023

Suivre

L’Empire sous-attaque

Nous ne cessons de nous demander, deux heures durant, pour quel public Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu a été réalisé. Trop woke pour les Gaulois, trop gaulois pour les wokes, leurs aventures...

Sex Education

Sex Education

3

Fêtons_le_cinéma

le 19 janv. 2019

Suivre

L'Ecole Netflix

Il est une scène dans le sixième épisode où Maeve retrouve le pull de son ami Otis et le respire tendrement ; nous, spectateurs, savons qu’il s’agit du pull d’Otis prêté quelques minutes plus tôt ;...

Ça - Chapitre 2

Ça - Chapitre 2

5

Fêtons_le_cinéma

le 11 sept. 2019

Suivre

Résoudre la peur (ô malheur !)

Ça : Chapitre 2 se heurte à trois écueils qui l’empêchent d’atteindre la puissance traumatique espérée. Le premier dommage réside dans le refus de voir ses protagonistes principaux grandir, au point...