Ce texte contient des spoilers.


Sundown, réalisé par Michel Franco, est l'un de ces films que je suis allé voir en salle sans en avoir entendu parlé avant, sans avoir vu la bande-annonce ou même sans connaitre le réalisateur. Le logo de la biennale de Venise, Tim Roth et Charlotte Gainsbourg sur l’affiche ont surement du être les facteurs causaux de ce visionnage.


Neil Bennett (Tim Roth) accompagne sa sœur Alice (Charlotte Gainsbourg) ainsi que Alexa et Colin dont il est l’oncle, dans un hotel ultra-luxueux sur les plages paradisiaques d’Acapluco au Mexique. Un appel vient déranger ces vacances puisqu’annonçant le décès de la mère des deux protagonistes, les conduisant à rentrer en vitesse en Angleterre. A l’aéroport, Neil prétend avoir oublié son passeport à l’hotel, il reste alors au Mexique le temps de récupérer un passeport au consulat. Cependant, son oublis de passeport est inventé et Niels ne semble pas préoccupé par le décès de sa mère ni par les nombreux appels de sa sœur. Il passe ses journées à boire des bières les pieds dans l’eau en compagnie de Berenice (Iazua Larios) une vendeuse locale, avec qui il partage ses nuits.


Le traitement du personnage de Neil est tel qu’il nous est impossible de l’aimer ou de le détester, tout simplement immoral par son inaction exoïste (laissant sa sœur supporter seule le deuil maternel en lui mentant sciemment), sans que le spectateur ne le déteste pour autant. La relation que noue le spectateur avec Niels est basée sur une confusion sur laquelle joue Michel Franco entre l’empathie ou non que pourrait emettre le spectateur sur le protagoniste. Le film nous laisse supposer les raisons qui motivent Niels à poursuivre son isolement mais Franco s’amusera à les démentir les unes après les autres - quelque part pour signifier que le spectateur est incapble d’émettre un quelconque diagnostique sur ce que le protagoniste traverse. Neil est assurément détaché du monde, des élements extérieurs pourtant censés véhiculer chez lui quelconques réactions (la mort de sa mère puis de sa soeur, le règlement de compte sur la plage, son incarcération,etc.). Il semble étranger à son environnement comme si tout lui était indifférent. L’argent non plus ne semble pas avoir d’intérêt pour lui, il renonce à ses droits d’héritage. On apprendra à la fin l’existence d’un cancer chez Niels, une explication parmis d’autres de cet isolement mais qui ne comblera pas l’ensemble des questionnements suicités lors du métrage, de nombreux points du récit resteront sans réponse préservant une part de mystère.


A travers le traitement d’un personnage étranger à son environnement, conscient de sa mortalité jusqu’à réaliser des actions quasiment auto-destructrices (alors qu’Acapulco est connue pour son insécurité, il prend un hôtel dont la porte de la chambre ne ferme pas et se fait conduire par un chauffeur de taxi prit au hasard). Je ne peux m’empêcher de relier ce film à Melancholia de Lars von Trier avec le personnage de Justine (Kirsten Dunst) qui adopte des comportements similaires.


Michel Franco n’a pas placé son intrigue au hasard, l’aspect paradoxal des plages paradisiaques d’Acapulco et l'univers carcéral et de l’ultra-violence de cette même ville se retrouve également dans le personnage de Tim. Alors qu’il possède une excellente condition matérielle, il est gravement affaibli par le cancer. Son héritage vient hanter son existence (le cadavre de porc lui vient brusquement en rêve comme pour lui rappeler l'origine de sa fortune) à la manière de la violence qui fait brutalement irruption sur la plage pour rappeler la manière avec laquelle le Mexique s’est construit. Tim est à l’image de cette ville mexicaine, son indifférence face à la gravité de ce qui l’entoure et les disfonctionnements qu’il génère, trouvent des causes plus profondes que celles qu’on s’imagine à première vue et celles que l'on admet finalement ne sont pas totalement satisfaisantes. A travers son personnage, Franco nous présente sa vision d’Acapulco et plus globalement de tout le Mexique, continuant le portrait qu’il avait déjà dressé dans ses précédents films.


Je ne pourrais que vous encourager à vous déplacer en salle pour découvrir Sundown, qui ne dure par ailleurs qu’1h23, en particulier si vous avez apprécié Mélancholia de LVT. Il se situe pour moi en haut de mon classement des films de 2022 et est l'une de mes plus grandes claques de visionnage de cet année.

LianYu
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le 30 juil. 2022

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Lian Yu

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