Superman, hymne triomphal de l’héroïsme

Il est des œuvres qui transcendent leur époque, des films qui, à la manière des grandes symphonies, conjuguent la forme et le fond dans une harmonie si parfaite qu’elle semble toucher au sublime. Superman, réalisé en 1978 par Richard Donner, appartient à cette lignée rare. Bien plus qu’un simple film de super-héros, il incarne un sommet du cinéma populaire, une fresque épique qui traverse les genres, épouse les mythes et parvient à magnifier l’archétype du héros avec une élégance et une foi presque naïve – mais bouleversante – en la grandeur.


La force du film réside d’abord dans sa capacité à naviguer entre quatre tonalités fondatrices : la science-fiction, l’americana, l’urbanité contemporaine et le merveilleux pur. L’ouverture sur Krypton, monde cristallin et glacé, évoque une science-fiction métaphysique, où la destruction d’un monde donne naissance à l’espoir d’un autre. Vient ensuite Smallville, tableau vivant d’une Amérique rurale idéalisée, cadre d’une initiation intime et solaire, baignée dans une lumière presque mythologique. Puis Metropolis, kaléidoscope urbain, lieu de tensions modernes, de dualités identitaires, de vertige vertical. Enfin, le merveilleux, distillé avec une pudeur rare, prend la forme d’un vol dans le ciel nocturne, d’une réécriture du temps, d’un amour qui défie les lois de la gravité et de la raison.


Richard Donner orchestre cette symphonie narrative avec une rigueur classique et un lyrisme maîtrisé. Sa mise en scène, ample sans être démonstrative, construit le film comme un crescendo émotionnel, jouant des silences et des envolées avec la précision d’un grand chef. Chaque séquence semble pensée comme une note dans une partition plus vaste, où la montée en puissance dramatique s’accompagne d’un raffinement visuel toujours au service de l’émotion. Sa direction d’acteurs, discrète mais d’une justesse constante, donne aux personnages une vérité humaine qui dépasse leur statut archétypal.


Mais l’âme véritable du film, celle qui en fait une œuvre intemporelle, c’est la musique de John Williams. Le thème principal, puissant et noble, surgit comme un appel à la transcendance, porté par des cuivres éclatants, des ostinati de cordes au galop héroïque, des modulations harmoniques qui traduisent à la fois la grandeur et la fragilité du personnage. Williams ne compose pas une simple bande-son : il érige un monument sonore. Le leitmotiv de Superman devient une fanfare mythologique, un chant d’espoir, un emblème musical de l’idéal. Le love theme, avec ses mouvements lents, presque rubato, traduit à lui seul l’apesanteur amoureuse du célèbre vol de Superman et Lois, moment suspendu d’une sensualité orchestrale rare.


L’innovation technique du film, en son temps, fut tout aussi révolutionnaire. À une époque où le numérique n’existait pas, Superman réussit l’impossible : faire croire que l’homme pouvait voler. Par un usage ingénieux de procédés optiques, de maquettes, de câblages, de rétroprojections, de matte paintings et d’objectifs spéciaux, le film imposa une magie visuelle inédite. Aujourd’hui encore, ces effets, bien qu’empreints d’un charme ancien, n’ont rien perdu de leur puissance poétique. On y croit toujours, parce qu’on veut y croire. Donner le savait : l’émotion naît de la croyance, et celle-ci n’a jamais besoin de réalisme, seulement de justesse.


Le casting, enfin, touche à la perfection. Christopher Reeve incarne Superman avec une pureté et une noblesse désarmantes. Il parvient à faire exister les deux visages du personnage – le super-héros solaire et l’homme effacé qu’est Clark Kent – sans jamais les caricaturer. Il insuffle au personnage une humanité, une douceur et une force morale qui n’ont jamais été égalées depuis. En face de lui, Gene Hackman compose un Lex Luthor singulier, intelligent, drôle, machiavélique, parfois grotesque, souvent inquiétant. Un méchant à la fois grandiloquent et subtil, dont le génie malicieux fait parfaitement écho à la gravité de son adversaire. Et autour d’eux, une constellation de seconds rôles impeccables – Margot Kidder, Glenn Ford, Jackie Cooper, Ned Beatty – compose un monde vivant, cohérent, pétri de contradictions et de tendresse.


Superman est, en fin de compte, un poème cinématographique sur la croyance. Croyance dans le bien, dans la possibilité de l’héroïsme, dans la figure morale du sauveur. C’est un film qui ose la sincérité, qui n’a pas peur de la noblesse ni de l’émotion à fleur de peau. Il revendique, sans cynisme, la puissance du symbole. Dans un monde souvent désenchanté, il reste un chant pur, une déclaration d’amour au pouvoir du cinéma de faire rêver, de faire croire, et de faire voler. Un hymne, oui. Triomphal. Et inaltérable.

Kelemvor

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