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Le Pionnier
L'arrivée de Superman dans le paysage Hollywoodien à son époque est assez atypique. L'idée d'un film sur la super icone populaire Américaine n'est commencée qu'en 1973 par les producteurs Salkind,...
le 14 août 2017
C’est lors d’un séjour à Paris que Ilya Salkind, jeune producteur de cinéma, a l’idée de produire un film sur Superman. En voyant une affiche d’Alain Delon dans le costume de Zorro, il est saisi d’un éclair de nostalgie. Cette image réveille en lui le souvenir des serials américains qu’il regardait dans son enfance à la télévision, notamment les aventures de Superman incarné par George Reeves dans la série des années 50.
L’idée naît alors : pourquoi ne pas adapter ce personnage emblématique de la culture américaine en une production cinématographique ambitieuse ? Il ne s’agirait pas d’un simple film d’action, mais d’un projet à la hauteur du mythe. Ilya Salkind veut élever Superman au rang d’icône cinématographique, à l’image de Zorro ou James Bond, en transposant l’esprit des serials dans une grande super-production hollywoodienne.
En 1974, Ilya Salkind convainc son père Alexander Salkind ainsi que le producteur français Pierre Spengler, de se lancer dans l’aventure. Ensemble, ils parviennent à obtenir les droits d’adaptation du personnage de Superman auprès de DC Comics.
Pour initier le projet, le célèbre auteur de science-fiction Alfred Bester est initialement engagé pour rédiger un premier traitement du scénario. Toutefois, Alexander Salkind le juge insuffisamment adapté au ton grand public recherché. Il décide alors de faire appel à Mario Puzo espérant bénéficier de son nom prestigieux pour attirer les studios et les acteurs. Le scénario de Puzo est ambitieux, mais trop volumineux et théâtral. Pour le retravailler, les Salkind font appel à un trio de scénaristes chevronnés : Robert Benton, David Newman et Leslie Newman, déjà à l’origine du succès de Bonnie and Clyde.
Ilya Salkind, toujours tourné vers la nouvelle génération d’Hollywood, souhaite confier la réalisation à Steven Spielberg, mais Alexander Salkind reste sceptique à l’idée de confier un projet aussi coûteux à un jeune réalisateur encore peu établi commercialement. De toute façon Spielberg ne souhaite pas s’engager sur un film sur Superman. Les producteurs se tournent alors vers Guy Hamilton, réalisateur britannique connu pour plusieurs James Bond. Le choix semble judicieux. Cependant, des contraintes fiscales rendent sa participation impossible : en tant que résident fiscal britannique, il ne peut pas passer plus de 60 jours consécutifs en Angleterre, lieu prévu pour le tournage, sans risquer une forte taxation. Le projet se retrouve sans réalisateur, et les tensions montent.
Richard Donner est alors choisi par les Salkind père et fils pour diriger le film. Donner insiste sur la nécessité de traiter l’histoire de Superman avec sérieux et sincérité, bannissant le ton parodique initialement prévu. Pour lui, le mot d’ordre est : verisimilitude, c’est-à-dire une approche réaliste et crédible de l’univers de Superman, malgré sa nature fantastique.
En 1978, Superman sort enfin au cinéma. Le film est un triomphe critique et commercial. Pour la première fois, un film parvient à faire croire au public qu’un homme peut voler.
L’un des axes majeurs de la promotion reposait sur une promesse simple mais ambitieuse : « You’ll believe a man can fly ». À une époque où les effets spéciaux numériques n’existent pas encore, faire voler Superman de manière crédible relève du défi technique et artistique. Le film mise sur un mélange d’effets optiques, de câblages, de maquettes, de fonds bleus et d’innovation mécanique. Cette prouesse technologique est saluée par l’Académie des Oscars, qui décerne au film un prix spécial pour ses effets visuels, une reconnaissance rare et bien méritée. Le réalisme des scènes de vol, notamment celles où Superman survole Metropolis ou sauve Lois Lane d’un hélicoptère en perdition, contribue grandement à l'immersion.
Superman, tel qu’il est incarné dans le film, représente l’archétype du héros parfait. Il est droit, juste, bienveillant, presque christique. Il n’est pas torturé ou ambivalent comme les héros contemporains ; il est un modèle moral, un idéal à atteindre. Ce positionnement, assumé par Richard Donner, donne au film une tonalité lumineuse et optimiste. Même dans les moments de crise, le ton reste rassurant. Superman incarne l’espoir et la certitude que le bien triomphera. Ce parti pris peut sembler naïf aux yeux d’un public moderne habitué à des héros plus complexes, mais il fonctionne parfaitement ici. Le personnage est traité avec sincérité, et cette approche renforce sa puissance symbolique : Superman n’est pas seulement un super-héros, il est une boussole morale pour l’humanité.
John Williams remplace Jerry Goldsmith a la musique au pied levé, le résultat dépasse toutes les attentes. Le thème principal de Superman est majestueux, triomphal, héroïque et s’impose immédiatement comme l’un des plus grands thèmes du cinéma. Il incarne à lui seul la grandeur, la pureté et l’élan du personnage. La bande-son entière, avec ses motifs romantiques et ses envolées lyriques, accompagne parfaitement le ton du film. Williams donne une identité sonore forte et indélébile à Superman, au point qu’il devient impossible d’imaginer le personnage sans sa fanfare emblématique.
Christopher Reeve, inconnu du grand public, devient du jour au lendemain une icône grâce à son interprétation de Superman. Grand, élancé, charismatique, au regard sincère, Reeve possède la prestance physique du super-héros, mais aussi la douceur nécessaire pour incarner Clark Kent, son alter ego timide et maladroit. La performance de Reeve repose sur un subtil jeu de contraste entre ces deux identités : il parvient à les différencier non seulement par le costume, mais aussi par sa gestuelle, sa voix, son regard. C’est un tour de force d’acteur souvent sous-estimé. Pour toute une génération, il devient LE Superman, indissociable du rôle. Ce sera, sans conteste, le rôle de sa vie, et il restera à jamais gravé dans la mémoire collective comme le visage du héros ultime.
Le film privilégie une action humaine et crédible. Les principales séquences d’action tournent autour de catastrophes naturelles, d’accidents ou d’interventions de sauvetage : un train déraillant, un barrage qui cède, un tremblement de terre, un hélicoptère en détresse. Ce choix permet d’ancrer le récit dans une forme de réalisme et de renforcer la portée symbolique du héros en tant que sauveur universel. Cela tient aussi aux limites techniques de l’époque : les effets spéciaux spectaculaires de l’ère numérique n’existent pas encore. Pourtant, loin d’être un défaut, cette modération dans l’action renforce le sérieux et la crédibilité du film. Superman n’affronte pas des armées ou des monstres, il affronte le chaos du monde, et cela suffit à prouver qu’il est l’homme de la situation.
Gene Hackman incarne un Lex Luthor très différent de celui des comics. Ici, il tient davantage du méchant de James Bond que du génie du mal froid et méthodique. Il est flamboyant, arrogant, presque comique par moments. Il est entouré de deux acolytes caricaturaux : Otis, le sbire maladroit, et Miss Teschmacher, la femme fatale ambivalente. Leur repaire souterrain, situé sous une gare désaffectée de Metropolis, est digne d’un décor de film d’espionnage. Leur plan : détourner un missile nucléaire pour faire émerger une nouvelle côte immobilière à leur profit. C’est à la fois absurde et ingénieux. Mais jamais le spectateur ne croit vraiment à leur victoire : leur menace est contenue, presque théâtrale. Ce ton plus léger permet de ne pas faire peser une tension excessive sur le film, et il s’inscrit dans le registre plus général de légèreté et de classicisme qui caractérise l’œuvre.
Superman n’est pas seulement un divertissement réussi, c’est un jalon majeur dans l’histoire du cinéma. Il ouvre la voie à un genre nouveau, longtemps méprisé : le film de super-héros à grand spectacle, sérieux dans son traitement, ambitieux dans sa mise en scène, et mythologique dans son intention. Grâce à une combinaison de talents exceptionnels : Richard Donner à la réalisation, John Williams à la musique, Christopher Reeve devant la caméra, le film parvient à capturer l’essence même de Superman : l’idéal, l’espoir, la droiture. Le film garde, encore aujourd’hui, un charme et une sincérité rares. Il ne cherche pas à déconstruire le mythe, mais à le célébrer. Et il y parvient magnifiquement.
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le 2 juil. 2025
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