Superman
6.1
Superman

Film de James Gunn (2025)

Voir le film

Ainsi, James Gunn décide de reprendre ce monument de la culture populaire, sous les traits maladroits d’un David Corenswet, à partir des cendres de l’inconnu. Notre nouveau Superman, loin de ce rêve américain et de sa cape rouge — symbole d’un autre temps — sans oublier Krypto, son chien, chien un peu fou, fou, sauveur bondissant, qui accourt au premier coup de sifflet… autant se le dire, ça commence mal.


Superman n’arrive plus à impressionner, comme au premier jour où petits et grands avaient levé les yeux au ciel, découvrant la promesse d’un héros solaire, seule réponse aux faiblesses de l’humanité.


Aujourd’hui, cette version 2025 de Superman est plutôt périlleuse. Le réalisateur fait le choix de traiter la perplexité du monde sous le prisme de la légèreté et de l’humour, comme si les choses ne pouvaient être racontées que par l’absurde, avec un super-héros qui ne sait plus voler, fatigué par les mensonges et les blessures de la gravité.

Ce n’est plus ce phare qui reflétait au loin, mais l’ombre d’une boussole qui apparaît sous la tempête — et qui doute, qu’on regarde avec pitié. Il marche à hauteur d’homme, ni tout-puissant, ni maître de son environnement. Juste un gars qui s’en prend plein la gueule, et qui s’appelle Superman. Personnellement, j’attendais autre chose de ce film — et certainement pas cette façon excessive de vouloir réhabiliter Superman en insistant sur son côté humain, jusqu’à le désarmer complètement, au point de le rendre ridicule… un peu à l’image de Krypto.


Et puis arrivent bientôt tous ces conflits. D’abord entre deux nations d’Europe de l’Est — l’une cherchant à retrouver son empire, l’autre, pauvre victime — et, au milieu, notre super Superman, qui débarque afin d’y mettre un terme… en donnant l’impression de n’y rien comprendre. Sans explication, ni histoire, ni conséquences.


De même, cette ville fracassée par les bombes — décor de ruines et de cris étouffés — où surgissent, cette fois, de nouveaux sauveurs : d’autres méta-humains. Le Gang de la Justice, une bande de clowns en sortie pédagogique, au nom plutôt foireux, qui débute dans le métier.

Une équipe composée de Mr. Terrific (Edi Gathegi), Hawkgirl (Isabela Merced) et d’un Green Lantern impulsif, à la drôle de coupe (Nathan Fillion), qui apparaissent, disparaissent, sans qu’on comprenne vraiment qui aide qui, selon quels critères, ni avec quelles conséquences.

Bien sûr, des images et des oppositions qui nous rappellent notre monde.


Malgré tout, il faut reconnaître que le rythme est soutenu, les scènes bien exécutées. Un moyen d’échapper au noyau idéologique que porte en lui la figure de Superman, quand il n’y a ni dilemme éthique, ni cadre géopolitique, juste des sauvetages ponctuels, des corps blessés et des enfants qui croient encore en lui.


Seul contrepoint possible : Lex Luthor (Nicholas Hoult). Sans être exceptionnel, il réussit à imposer un climat, avec son armée de singes qui domine les réseaux sociaux. Cet entrepreneur impérial, qui ne vise que le mal, manipule les discours et transforme son narcissisme en plateforme politique.

Cette allégorie explicite des robots nous renvoie à notre planète et à ses violences bien réelles.


Dès lors, derrière ces matins de plus en plus fragiles, l’option de James Gunn fut de nous proposer un petit héros empathique et bienveillant — une présence plus humaine.

Une fragmentation spectaculaire du genre.

Des regards échangés entre Clark Kent et Lois Lane, qui ne veulent plus sauver le monde, mais se retenir de tomber. Incapables de remettre en question l’ordre qui les entoure…

À se demander, au fond : mais que représente encore Superman dans le monde d’aujourd’hui ?

EverL7
5
Écrit par

Créée

le 17 juil. 2025

Critique lue 1.4K fois

EverL7

Écrit par

Critique lue 1.4K fois

82
2

D'autres avis sur Superman

Superman

Superman

2

De l’Homme d’Acier à l’Homme en PLS

- Tu parles sérieusement ? - Oui. - Tu me laisserais t'interviewer en Superman ? - Oui. - Prêt ? - Allons-y ! - Superman. - Mme Lane. - Vous avez essuyé de vives critiques. - Pas si vives que ça. -...

le 9 juil. 2025

Superman

Superman

4

Sergent_Pepper

3172 critiques

Murtaugh Syndrome

Je ne vais plus voir de films de super-héros. Parce que l’âge d’or est passé, et qu’il s’avère qu’il coïncidait avec une époque où mes enfants avaient encore l’âge pour être accompagnés au cinéma. On...

le 11 juil. 2025

Superman

Superman

5

EverL7

4 critiques

Kryptoniquement sensible

Ainsi, James Gunn décide de reprendre ce monument de la culture populaire, sous les traits maladroits d’un David Corenswet, à partir des cendres de l’inconnu. Notre nouveau Superman, loin de ce rêve...

le 17 juil. 2025

Du même critique

Superman

Superman

5

EverL7

4 critiques

Kryptoniquement sensible

Ainsi, James Gunn décide de reprendre ce monument de la culture populaire, sous les traits maladroits d’un David Corenswet, à partir des cendres de l’inconnu. Notre nouveau Superman, loin de ce rêve...

le 17 juil. 2025

The Order - La Confrérie de l'ombre

The Order - La Confrérie de l'ombre

7

EverL7

4 critiques

Le petit livre rouge

The Order se lit à travers le visage magnétique et diamétralement opposé de Jude Law et Nicholas Hoult, mais aussi de Tye Sheridan, qui fuit l'ombre en lui, de peur de croiser son propre reflet...

le 5 févr. 2025

Redux Redux

Redux Redux

7

EverL7

4 critiques

Ne plus souffrir

Michaela McManus, sous ses faux airs de Charlize Theron de série TV, incarne dans Redux Redux une femme à la fois lisse et froide, qui refuse le temps, préférant l'affronter pour ne jamais avoir à...

le 9 mars 2026