« I won't let you down again. » SUPERMAN

Superman II a été écrit et partiellement tourné en même temps que Superman, une stratégie inhabituelle à l'époque, mais pensée pour garantir une continuité artistique et narrative entre les deux films. Cette approche visait aussi à réduire considérablement les coûts de production, en mutualisant les décors, les costumes, les effets spéciaux, et les disponibilités des acteurs, tous déjà mobilisés pour le premier film. Ce tournage back-to-back, novateur pour un blockbuster, répondait à une logique économique rigoureuse imposée par les producteurs père er fils, Alexander Salkind et Ilya Salkind, soucieux de rentabiliser au maximum leur investissement dans cette adaptation du super-héros emblématique de DC Comics.

Richard Donner fut contraint d’interrompre son travail sur cette suite afin de se concentrer sur l'achèvement du premier opus. La sortie du premier volet devenait prioritaire, notamment en raison de pressions des studios et de contraintes de calendrier alors qu’il avait déjà tourné 75% de la suite. Richard Donner devait finaliser le montage, superviser les effets spéciaux encore en cours et gérer les dernières retouches sonores et visuelles.

Malgré le succès éclatant de Superman, les relations entre Richard Donner et les producteurs, en particulier les Salkind, se dégradent sérieusement. Donner est en désaccord avec leur manière de gérer la production, notamment leur approche financière très stricte et leur manque de soutien artistique. Ces divergences profondes finissent par mener à son renvoi pur et simple du projet de suite, une décision brutale qui choqua nombre de membres de l’équipe, y compris plusieurs acteurs, et marqua une rupture nette dans la vision initiale du diptyque.

Richard Lester, déjà impliqué de manière informelle et non créditée dans le premier film comme médiateur entre Richard Donner et les Salkind, est appelé pour remplacer Donner. Il reprend en main la réalisation, mais, conformément à la réglementation de la Directors Guild of America, il doit tourner au moins 40% du film pour être crédité en tant que réalisateur principal. Il re-filme donc de nombreuses scènes déjà tournées par Donner, souvent en les réécrivant ou en les modifiant. Son style se distingue par une tonalité plus légère, voire burlesque, mettant davantage l’accent sur l’humour et les situations absurdes, ce qui provoque un clivage durable parmi les fans quant à la tonalité globale du film.

En 1980, Superman II sort finalement dans une version très différente de celle qu’aurait probablement livrée Richard Donner. Malgré les tensions en coulisses et le changement de ton, le film est un nouveau succès au box-office et reçoit un accueil critique globalement positif.

Le film s’ouvre sur un long générique d’introduction, reprenant les événements marquants du premier film. Cette séquence de résumé sert à la fois de rappel pour les spectateurs et de transition fluide entre les deux volets. Le tout est sublimé par l'inoubliable musique de John Williams, véritable colonne vertébrale émotionnelle du film. Son thème héroïque et grandiose donne immédiatement le ton et réinstalle l’univers du super-héros avec une puissance émotionnelle intacte.

Il faut savourer ces premières notes signées John Williams, car le compositeur légendaire ne participe pas à la suite du film. C’est Ken Thorne, fidèle collaborateur de Richard Lester, qui prend le relais à la musique. Bien que Thorne ne parvienne pas à égaler la richesse orchestrale et l’ampleur du travail de John Williams, il a l’intelligence de réutiliser les principaux motifs thématiques du premier film.

L’intrigue personnelle de Superman prend ici une nouvelle dimension. Toujours profondément épris de Lois Lane, Clark Kent travaille à ses côtés au Daily Planet, et leur complicité s’intensifie. À mesure que Lois se rapproche de la vérité, Clark finit par lui révéler sa double identité. Ce choix, courageux mais lourd de conséquences, marque un tournant dans leur relation. Superman choisit même de renoncer à ses pouvoirs pour vivre pleinement son amour avec Lois. Mais ce bonheur est éphémère : la Terre a besoin de son protecteur au moment même où il devient vulnérable. Cette tension entre vie personnelle et responsabilité héroïque est au cœur du film, rappelant que Superman, malgré ses pouvoirs, ne peut échapper à son destin.

Christopher Reeve et Margot Kidder reprennent leurs rôles avec la même justesse que dans le premier film. Leur alchimie fonctionne à merveille, d’autant que la majorité de leurs scènes provient du tournage dirigé par Richard Donner, ce qui assure une continuité de ton et d’interprétation. Reeve incarne Superman avec une noblesse et une humanité rares. Il réussit encore une fois à faire exister deux personnages en un seul, Clark et Kal-El, avec une subtilité touchante. Il est et reste, pour beaucoup, la représentation définitive du super-héros.

La grande nouveauté de cette suite réside dans l’arrivée d’ennemis à la hauteur de Superman : le général Zod, accompagné de ses acolytes Non et Ursa, débarque sur Terre. Évadés de la Zone Fantôme, ils possèdent les mêmes pouvoirs que Superman, ce qui crée un affrontement d’égal à égal. À un moment où Superman est affaibli, leur présence représente une menace sans précédent. Contrairement au premier film, où le danger restait intellectuel avec Lex Luthor, ici, l’affrontement devient physique et spectaculaire. Pour la première fois, on peut véritablement craindre une défaite du héros.

Terence Stamp, Sarah Douglas et Jack O’Halloran incarnent des kryptoniens froids et impitoyables. Ils sont impressionnants dans leur posture et leur puissance, mais manquent de profondeur psychologique. Ils représentent une force brute, une menace implacable, mais peu nuancée. On ne s’attache pas à eux ; ils incarnent davantage des symboles de destruction que des personnages à part entière. Leur rôle est efficace, mais ils ne marquent pas autant les esprits que certains grands méchants du cinéma.

Gene Hackman est heureusement présent pour contrebalancer cette froideur. Il reprend son rôle de Lex Luthor avec un plaisir évident. Toujours aussi rusé, théâtral et imprévisible, il apporte une touche d’humour et de décalage bienvenue. Accompagné un temps de ses comparses Otis et Miss Teschmacher (avant de les abandonner sans remords), Luthor s’allie avec les kryptoniens par pur opportunisme. Même s’il semble secondaire dans l’intrigue principale, c’est lui qu’on retient : par son charisme, son humour, et son statut d’antagoniste iconique, il vole presque la vedette aux vrais méchants.

On aurait pu craindre un film déséquilibré, tiraillé entre deux visions opposées, celle de Richard Donner et celle de Richard Lester. Et pourtant, le résultat final reste étonnamment fluide. Certes, on note un ton plus léger, parfois burlesque, surtout dans les scènes ajoutées par Lester, notamment autour de Luthor, mais cela ne nuit pas à l’ensemble. Le film conserve une certaine gravité quand il le faut. L’absence de certains acteurs, comme Marlon Brando (dont les scènes ont été supprimées à la demande expresse), est habilement compensée. Le récit reste clair et les enjeux forts. On sent les cicatrices de la production, mais elles ne compromettent pas le plaisir du visionnage.

Superman II est une suite ambitieuse, à la fois fidèle et différente. Si elle trahit par endroits la vision initiale de Richard Donner, elle parvient néanmoins à captiver, à divertir et à approfondir le mythe de Superman. Son mélange d’action spectaculaire, de romance tragique et d’humour donne naissance à un film imparfait mais attachant, porté par des acteurs pleinement investis. Malgré les turbulences en coulisses, le film reste une pierre angulaire du cinéma de super-héros et confirme la place de Christopher Reeve comme incarnation intemporelle de Superman.

StevenBen
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le 3 juil. 2025

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Steven Benard

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