« I hope you don't expect me to save you, cause I don't do that anymore. » SUPERMAN

Rappelons-nous que la production de Superman II fut chaotique. Richard Donner, qui avait réalisé le premier film et entamé simultanément le tournage du second, fut évincé par les producteurs en raison de différends artistiques et personnels. Pourtant, il avait déjà des idées ambitieuses pour un troisième volet : il envisageait d’introduire Brainiac, un ennemi emblématique de Superman dans les comics, souvent représenté comme un androïde ou une intelligence artificielle malveillante.

Après l’éviction de Richard Donner, Ilya Salkind co-producteur de la saga avec son père Alexander Salkind, souhaite reprendre les rênes créatives et décide de s’inspirer de l'idée initiale de Donner. Il élabore un nouveau traitement centré sur Brainiac, mais avec une interprétation originale : le super-vilain découvre Supergirl, une survivante kryptonienne comme Kal-El, et l’élève lui-même, à la manière des Kent avec Superman. Sous l’influence de Brainiac, elle devient une version corrompue d’elle-même. Le scénario introduit également une romance tordue entre Brainiac et Supergirl, idée qui ne passe pas du tout auprès des décideurs de la Warner Bros. Jugeant cette approche trop étrange, voire dérangeante, le studio rejette le projet, qui finit relégué aux oubliettes.

Richard Pryor, comédiens les plus en vue aux États-Unis et fan de Superman, déclare publiquement son envie de jouer dans un film de la saga. Les producteurs, flairant l’opportunité commerciale, décident de construire le troisième opus autour de lui. Il incarnera Gus Gorman, un informaticien autodidacte, maladroit mais brillant, qui finit par détourner les systèmes informatiques pour le compte du méchant du film. Le personnage prendra tellement d’espace dans le récit que Superman, censé être le héros, se retrouve éclipsé par les gags et les mésaventures de Gorman…

David Newman et Leslie Newman, déjà co-auteurs des deux premiers films mais cette fois sans la plume prestigieuse de Mario Puzo, écrivent le scénario de cette histoire qui n’est presque plus celle de Superman. L’absence de Puzo se fait cruellement sentir, il avait su donner aux deux premiers opus une dimension mythologique et épique, tout en équilibrant l’humour et la gravité. En son absence, les Newman laissent libre cours à leur penchant pour la comédie, au détriment de la profondeur narrative. Le film prend une tournure légère, parfois absurde, manquant des enjeux émotionnels et dramatiques qui faisaient la force des précédents épisodes.

Richard Lester revient derrière la caméra pour ce troisième opus. Il confirme ici son goût pour la comédie slapstick, avec des scènes burlesques qui tranchent avec l’imagerie sérieuse de Superman. Des séquences entières semblent conçues comme des sketches, réduisant l’icône héroïque à un simple acteur de vaudeville. Le spectateur assiste à des scènes embarrassantes qui reflètent la confusion d’un film ne sachant pas sur quel pied danser : celui du super-héros ou celui de la farce.

En 1983, Superman III sort au cinéma et malgré une campagne promotionnelle massive et la présence de Richard Pryor, le film reçoit un accueil critique tiède, voire négatif.

Comme évoqué plus haut, le film devient, malgré son titre, davantage un « Richard Pryor Show » qu’un véritable film centré sur l’homme d’acier. Dès ses premières scènes, l’acteur accapare l’attention, non seulement par sa présence comique, mais aussi par la place que le scénario lui accorde. Gus Gorman, son personnage, est celui par qui tout arrive : c’est lui qui fait avancer l’intrigue, qui provoque les retournements, qui déclenche les crises… Et même les résout. Il prend une telle importance narrative qu’il en devient presque le protagoniste. Certes, Pryor est un comédien de talent, attachant, charismatique, mais dans un film Superman, on attend avant tout de voir... Superman. Or, ici, le héros semble relégué au second plan, écrasé par la comédie envahissante.

Pendant que Gus Gorman amuse la galerie, Superman prend des vacances scénaristiques. L’intrigue le détourne de ses missions héroïques pour le plonger dans une romance tiède avec Lana Lang, son ancienne camarade de Smallville, aujourd’hui mère célibataire. L’idée d’un retour aux racines aurait pu être intéressante, mais le traitement manque cruellement de profondeur. Lois Lane, personnage central des deux premiers films, est tout simplement écartée : envoyée faire un reportage aux Bahamas, elle disparaît du récit, et ne réapparaît que pour deux scènes anecdotiques. Cette absence volontaire n’est pas anodine : elle fait suite au désaccord public de Margot Kidder avec les producteurs suite au renvoi de Richard Donner. Ainsi, plutôt que de traiter un triangle amoureux complexe ou de développer une romance sincère, le film propose une parenthèse sentimentale sans enjeu, sans tension, et surtout… Sans intérêt.

Christopher Reeve et Annette O’Toole tentent de donner un peu de consistance à leur relation à l’écran. Ils y mettent du cœur, et O’Toole, par son charme naturel, parvient même à apporter un peu de fraîcheur. Certains spectateurs ont pu trouver en elle une alternative plus douce et terre-à-terre à Lois Lane, incarnée de manière plus nerveuse et incisive par Margot Kidder. Pourtant, malgré leurs efforts, la romance ne prend jamais vraiment. Le script ne leur offre pas de scènes mémorables ou de dialogue fort. Pire, l’éviction quasi complète de Kidder laisse un vide émotionnel que Lana n’arrive jamais totalement à combler.

L’un des grands échecs du film réside dans l’absence criante d’un antagoniste digne de ce nom. Robert Vaughn, pourtant acteur solide, hérite d’un rôle de substitution à Lex Luthor : sorte de milliardaire manipulateur, sans profondeur ni motivation claire. Son personnage, Ross Webster, manque de charisme, de menace, et d’enjeu. Le film tente de compenser ce vide en introduisant un Evil Superman, corrompu par une kryptonite synthétique, dans ce qui aurait pu être une excellente idée… Mais qui se réduit à une séquence étrange et isolée, plus conceptuelle que réellement dramatique. À défaut d’un vrai vilain, c’est encore une fois Richard Pryor, par la force du scénario, qui se retrouve à occuper cette place. Il est à la fois le fauteur de troubles, l’acolyte, le cerveau informatique, et, dans une certaine mesure, le méchant involontaire. Cela devient presque absurde : Pryor est partout, Superman n’est nulle part.

Ken Thorne revient à la composition musicale, mais peine à marquer les esprits. Sa partition, largement basée sur les thèmes emblématiques de John Williams, est encore plus discrète et fonctionnelle que dans l’épisode précédent. On ne retrouve ni l’emphase héroïque, ni les envolées épiques qui accompagnaient les moments forts des deux premiers films. La musique se contente d’illustrer les scènes sans jamais les sublimer, participant à cette impression générale de mollesse et d’absence d’ambition. Elle accompagne un film qui, lui aussi, semble avoir oublié l’ampleur qu’un Superman est censé incarner.

Superman III incarne une véritable rupture dans la saga cinématographique de l’homme d’acier. En misant sur la comédie légère, en centrant le film sur Richard Pryor et en reléguant Superman à des intrigues secondaires, les producteurs ont pris un virage radical… Qui s’est avéré fatal. Le film trahit l’héritage mythologique et dramatique construit par Richard Donner dans le premier volet. Il rate ses personnages, son ton, et ses enjeux. Malgré quelques idées intéressantes (Evil Superman et le retour à Smallville), le film s’éparpille, ne convainc ni en tant que comédie ni en tant que film de super-héros.

StevenBen
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le 3 juil. 2025

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Steven Benard

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