En Angleterre, c’est bien connu, on ne fait jamais rien comme les autres. Alors qu’aux États-Unis, on essaie d’exploiter à la télévision une réussite au cinéma (série, téléfilm, suite, etc.), en Angleterre, on teste une idée à la télévision et si elle fonctionne, on l’adapté au ciné. C’est le cas de ce Sweeney qui, à la base, est une série qui connut un bon succès, ce qui conduisit les producteurs à en faire un long-métrage. Le réalisateur de ce premier opus (puisqu’il y eut deux films), David Wickes, réalisateur pour la télévision et, notamment, de plusieurs épisodes de ladite série, considérait, et c’est bien normal au milieu des années 1970, que French connection était un modèle. Les producteurs ayant comme intention de monter les curseurs de l’action, de la nudité et de l’action, on pouvait donc imaginer que ce premier opus marcherait, même de loin, dans les pas du film de William Friedkin. D’entrée, disons-le, restons très calme sur cette parenté. Certes, on retrouve le côté parfois un peu documentaire (l’enquête se mêle à la vie des policiers et leurs comportements ne sont pas toujours très nets), mais jamais la tension qui peut exister dans le chef d’œuvre américain et les films qu’il a influencés.
Ce qui manque clairement à ce sympathique Sweeney, c’est un peu de nerf et quelques scènes d’action marquantes. Pas de courses poursuites en voiture, pas de scènes haletantes (si on excepte une poursuite entre le protagoniste et des tueurs, mais celle-ci se révèle quelque peu décevante), pas de confrontation explosive : toutes ces lacunes sont évidemment dommageables quand on veut se mater un bon polar hardboiled. Mais cela ne retire en rien les qualités de ce film méconnu (tout autant que sa série, par ailleurs, en tout cas dans l’hexagone). La composition de Barry Foster (le tueur à la cravate dans Frenzy) dans un rôle de sacré salopard fait mouche et on apprécie les coups de sang qui ponctuent le récit. Des fulgurances assez sèches, sanglantes, parfois surprenantes, qui sont du plus bel effet mais qui, malheureusement, ne semblent jamais vraiment menaçantes en direction de nos têtes d’affiche qui, héros d’une série, ne peuvent effectivement pas y laisser la peau. Dommage que le film hésite trop régulièrement entre ces quelques scènes d’action et l’ambiance parfois proche de l’espionnage avec de nombreuses scènes longuement dialoguées. Assurément, le bon équilibre n’a pas été trouvé.
On retrouve cependant les qualités du polar urbain avec son ancrage dans des décors naturels, son souci du réalisme et son récit en totale harmonie avec l’actualité politique. Cette histoire de politiciens pris dans le piège tissé par les grandes entreprises mondiales du pétrole avec call-girls et tout le tralala habituel fonctionne à merveille. Elle fait d’ailleurs écho, au-delà du polar urbain, aux récits paranoïaques de complots qui explosaient à cette époque-là de l’autre côté de l’Atlantique. Soit autant de bons éléments qui font de ce film britannique un long-métrage agréable et sympathique, à défaut d’être une totale réussite.
6,5