Après notre coup de cœur pour The Rehearsal, nous avons voulu remonter le fil des inspirations possibles de Nathan Fielder. La filiation de la série avec l’œuvre de Charlie Kaufman (Being John Malkovich, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Adaptation) nous sautait aux yeux, mais il nous manquait encore une pièce au puzzle : Synecdoche, New York. La première réalisation de Charlie Kaufman. Une œuvre réputée exigeante, pas franchement adulée. Qu’en est-il ?
Le film suit Caden Cotard (Philip Seymour Hoffman, immense), un metteur en scène hypocondriaque, obsédé par l’idée d’une mort prochaine. Brisé par l’échec de son mariage, il se lance dans un projet fou : recréer la vie quotidienne dans un gigantesque entrepôt de New York, avec des comédiens pour jouer les rôles de ses proches. Cette reconstitution lui permet de rejouer des scènes clés de son existence, dans un besoin désespéré de mieux la comprendre.
Disons-le franchement : Synecdoche, New York n’est pas un film très aimable. C’est une œuvre dense, profondément mélancolique. Un labyrinthe existentiel dans lequel Kaufman creuse nos angoisses les plus profondes : la solitude, l’échec, le passage du temps, la maladie — et bien sûr, la mort.
Comme dans The Rehearsal, l’obsession du vrai passe par le faux. Plus Caden rejoue sa vie, plus il s’en éloigne. À force de vouloir tout contrôler, il se perd dans sa création — jusqu’à disparaître. Ambiance.
I will be dying and so will you, and so will everyone here. That's what I want to explore. We're all hurtling towards death, yet here we are for the moment, alive. Each of us knowing we're going to die, each of us secretly believing we won't.
Comme Nathan Fielder, Charlie Kaufman empile les mises en abyme jusqu'à nous perdre totalement. C’est tout le programme du film : un miroir sans fin qui nous renvoie à nos propres fictions — celles qu’on se raconte pour tenir. On peut trouver ça indigeste. Mais pour peu qu’on accepte d'être dérouté, Synecdoche, New York offre une expérience assez unique.
Heureusement, le film regorge de trouvailles absurdes qui viennent désamorcer (ou renforcer) le malaise : le personnage de Samantha Morton achète une maison en feu, sans broncher. Une lettre arrive dix-sept ans après avoir été envoyée. Même les délires hypocondriaques de Caden prêtent à sourire — du moins au début.
On préférera sûrement The Rehearsal pour son humour et sa facilité d’accès, mais Synecdoche, New York vaut vraiment le coup d'œil. D’autant qu’il regroupe une belle brochette d’acteurs, comme les formidables Tom Noonan et Catherine Keener — déjà présente dans Dans la peau de John Malkovich et plus tard dans la série Kidding (dont il faudra que je parle un jour).