Attention, objet télévisuel non identifié. On pense parfois avoir tout vu en matière de mockumentaire. Et puis arrive The Rehearsal, la série de Nathan Fielder. Son concept ? Permettre à des anonymes de répéter un moment crucial de leur vie dans une reconstitution minutieuse de la réalité. Tout est soigneusement faux : un décor recréé à l’identique, des acteurs pour incarner les proches, des dialogues répétés dans toutes leurs variantes possibles. L’idée semble brillante, ludique, presque séduisante.
Mais très vite, quelque chose se fissure. À mesure que les épisodes avancent, le spectateur — comme Nathan — ne sait plus ce qui relève du jeu ou du vécu. La série glisse vers quelque chose de plus profond, de plus sombre.
Nathan Fielder, à la fois chef d’orchestre et cobaye de son propre dispositif, s’enfonce dans la répétition comme d’autres s’enfoncent dans la solitude. Ce n’est plus seulement la vie qu’il cherche à maîtriser : c’est sa propre angoisse qu’il tente d’apprivoiser par le contrôle total. Et il n’y parvient pas.
The Rehearsal est une série magnifique, étrange, parfois cringe. On y rit, oui, mais d’un rire nerveux. Car sous l'humour, il y a une immense tristesse. Celle de ceux qui voudraient vivre sans jamais se heurter à l'imprévu. Ceux qui répètent la vie, plutôt que de la vivre.
Au fond, The Rehearsal questionne notre obsession du contrôle et la frontière floue entre fiction et réalité — un peu à la manière de Charlie Kaufman. On en sort profondément troublé. Une chose est sûre : Nathan Fielder ne va pas très bien.