L'avenir de l'humanité ce n'est pas le valium, c'est l'amour ♥♥♥

L'année de mes 56 ans j'ai ressenti comme un passage à vide, j'ai réalisé que si je continuais dans cette direction, j'étais bien parti pour continuer à faire le clown jusqu'à mes 80 ans. Ça fait 20 ans que je fais le couillon pour gagner ma croûte. Quand j'ai débuté dans l'imitation je pensais pouvoir gagner mes galons d'artiste et rivaliser avec les plus grands humoristes de mon époque, résultat j'ai enchaîné les sketchs de beaufs que même Canteloup n'oserait pas faire aujourd'hui, jusqu'à ce qu'une chaîne de beauf m'engage et me permette d’avoir un chèque tous les mois. Tout le monde a oublié la période "humoriste" de ma carrière. Ensuite je suis resté à la TV, alignant les émissions humoristiques toutes plus beaufs les unes que les autres, me faisant critiquer et insulter de toutes parts quelque soit l'année. Je n'ai jamais été à la mode et n'ai jamais eu pour autre public que la beauferie française. Même quand j'essaye de me diversifier dans la chanson, je n'arrive qu'à composer des mélodies pour beaufs à moitiés bourrés dans des soirées de ploucs. Premier beauf de France est devenu mon métier à plein temps et la beaufitude est devenu ma discipline favorite. Et même si je gagne confortablement ma vie grâce à cela, je n'ai pas envie de laisser cette unique image de moi dans les manuels d'histoire. Car je sais que je vaut mieux que ça et que j'ai les possibilités pour être reconnu en temps qu'artiste.

De là est née l'idée de monter mon propre film. Le cinéma c'est mon grand rêve, j'ai toujours rêvé de rajouter "acteur" à la liste de mes professions et je ne comprends pas pourquoi je suis le seul humoriste français à ne pas l'être, quand on voit que même le ptit con de Kev Adams n'arrête pas de tourner ! Du cinoche j'en ai déjà fait, mais à chaque fois c'était pour des trucs de beaufs qui ne marchaient pas et dans lesquels on disait que j'étais mauvais. C'est pourquoi, je me suis dit que si je devais lancer ma carrière en tant que cinéaste, je devais sortir des sentiers battus de la comédie populaire et réaliser un vrai drame sentimental sur un sujet qui me tient à cœur.

Au début je savais pas trop vers quoi me tourner, puis j'ai découvert sur un site internet baptisé hôteldefrance.com que 80% des internés en hôpital psychiatrique n'étaient pas fous, mais seulement en manque d'amour. Ce sondage d'une fiabilité indiscutable m'a mis la tête à l'envers. Je me suis rendu compte que le remède miracle qui pouvait tout guérir ce n'était pas la religion, la drogue ou les antibiotiques, c'était l'amour. Et pas n'importe lequel. L'Amour Absolu !

Tout était clair pour moi à présent, mais pour que mon message soit comprit, je savais que je ne devais pas y aller par 4 chemins. Alors j'ai demandé à mon pote Morsay Zeheff de me prêter son cousin pour le tournage, il n'est pas comédien mais sa personnalité naturelle collait très bien au personnage principal que je souhaitais pour mon film. J'ai ensuite engagé des acteurs au rabais et Annie Girarado, dont j'ai profité de l'Alzeimer pour lui faire croire qu'elle allait tourner avec Michel Audiard. Enfin, Besson qui attendait patiemment que Nathalie Portman ait ses premières règles pour pouvoir l'épouser, me l'a gracieusement prêté, pensant que le rôle et l'expérience qu'il lui donnerait lui serait très bénéfique pour la suite de sa carrière.
Pour la musique j'ai fais appelle à Patrick Fiori parce que je voulais aussi que mon film puisse être vu par des enfants et que depuis sa prestation vocale dans Mulan, Fifi a le chic pour plaire aux gosses. Il s'est donc occupé de la chanson titre pendant que j'ai composé moi même le reste de la BO. Une OST quelque peu expérimentale puisque faute de moyens, j'ai tout enregistré à base d'instruments artisanaux que j'ai trouvé moi même (des pierres que j'ai taillé pendant 6h, des chaines que j'ai secoué pendant 10h et trois notes de piano que j'ai enregistré à la maison poupée de Disney).

Une tous ceci terminé, je me suis mis à l'écriture en gardant à l'esprit d'être le plus pertinent possible pour faire passer mon message d'amour au reste du monde. Je peux vous dire que ma formation de L Art Plas ne fut pas suffisante et que j'ai dû relire énormément de grands auteurs pour pouvoir trouver l’inspiration nécessaire et ainsi multiplier les phrases poétiques qui claquent.
On se retrouve donc avec une fille violée qui, traumatisée par ce qu'elle a vécu est bouclée en HP. Bien évidemment son état ne s'améliore pas et c'est là que j'interviens. Oui moi, Hugues Michel, le héro que j'interprète ! (Ben oui ça sert à ça d'être son propre patron, on peut s'octroyer les meilleurs rôles, d'ailleurs si vous n'avez pas vu le film, sachez que ma première apparition à l'intérieur ressemble un peu à ça http://youtu.be/bzdWRZEu3hk?t=8s).
Bref, je comprends instinctivement cette petite fille si fragile et si douce que j'ai d'ailleurs pris beaucoup de plaisir à peloter pendant les prises. Moi, je sais que le valium ne lui sera d'aucun secours et que ce qu'il lui faut c'est un amoureux pour lui faire oublier son malheur et la rendre heureuse, c'est scientifique bordel. Or, comme elle a déjà un être qui l'aime de tout son cœur au point de lui faire l'amour avec passion, malgré quelques maladresses, le problème est réglé. Il n'y a qu'à mettre ces deux âmes perdues dans la même cage et attendre que l'amour fasse des miracles. Et quand l'improbable se produit, bien-sûr personne à part moi et mon compagnon gay refoulé avec qui je joue aux échecs ne peut les comprendre. Le père de la victime, un méchant richard nationaliste de droite (le mal absolu pour moi), aveuglé par son intolérance ne voit en Zeff qu'un violeur mentalement dérangé et trouve que c'est une mauvaise idée de laisser son enfant en Asile avec l'homme qui a abusé d'elle. Quel enfoiré ! Je me dégoûte moi même d'avoir écrit un personnage aussi con. Heureusement que je suis maître de mon scénario et que mon personnage en plus d'être médecin/motard est aussi philosophe, conseiller conjugal et prêtre à mi-temps. Il a ainsi le temps de protéger les tourtereaux par les liens sacrés du mariage avant qu'ils ne s'enfuient de l'asile.

Malheureusement mon histoire n'est pas une comédie populaire, je voulais faire un film dramatique qui puisse émouvoir intensément les spectateurs et pour cela mon film devait impérativement mal finir. Je suis vraiment très satisfait du dénouement, la mort de Zeff, tué alors qu'il était entrain de jouir sur le corps de sa femme est un symbole très fort. Car en faisant cela, le méchant richard à préconisé la violence comme solution finale, brisant ainsi l'amour absolue et rendant de ce fait sa fille très malheureuse alors qu'il tentait paradoxalement de la protéger.
Malgré cette fin tragique, j'ai pensé qu'il serait plus approprié de terminer sur une note positive, en montrant l'enfant de leur union, comme symbole d'espoir, d'avenir radieux, de paix et d'amour.

Mon chef d'oeuvre mit en boîte, je n'avais plus qu'à attendre avec appréhension la réaction du public, mais la déception fut brutale. Je m'attendais bien-sûr à un lynchage unanime de la part de tous les critiques cinés, mais je ne pensais pas être à ce point médiatiquement snobé. Pour toute promo, je n'ai eu droit qu'à deux passages télévisuels chez mon pote Thierry Ardisson, en dehors de ça, personne n'a voulu m'inviter pour parler de mon film. Je m'y attendais un peu, j'ai financé le projet tout seul de A à Z, sans l'appui d'une chaîne ou d'une grosse société de production, je savais que la retombée publicitaire serait moins importante, mais quand même là c'est limite de la censure. France 2 chez qui je bossais déjà à l'époque m'ont dit que le film était trop dérangeant et qu'il était plus préférable pour moi qu'il soit oublié le plus rapidement possible avant que des associations de toutes sortes me tombent sur le dos. Pfff, n'importe quoi, comment mon message de paix et d'amour pourrait mettre en colère les associations protectrices alors que nous partageons le même combat ? Ce n'est pas crédible !

Moi je l'a connais la vraie raison de ma censure. Quand je fais le clown avec ma beauferie habituelle on se fout de ma gueule mais si je propose une histoire sérieuse et sincère on ne me prendra pas au sérieux et on cherchera toujours à pointer les défauts de mon oeuvre sans mettre en avant ses indéniables qualités.
C'est quand même aberrant cette manie de toujours ranger les gens dans des cases et de partir avec un à priori en fonction du nom marquée sur l'affiche. Toutes les œuvres se valent, quel que soit le petit bonhomme qui la réalise. Vous croyez que je ne suis qu'un mongol bon qu'à faire le pitre et que je n'ai pas le niveau intellectuel pour raconter des histoires d'un autre genre ? Si vous lisez ne serait-ce que la première ligne de ma fiche wikipédia, vous saurez que je suis déjà un être aux multiples-facettes, comme mon personnage dans T'Aime. Moi aussi j'ai vécu des drames dans ma vie, bordel j'ai perdu un fils ! Je sais ce que ça fait de se sentir perdre les pédales, d'être complètement KO et d'avoir besoin de cachets pour se lever tous les matins et de se dire que la vie est belle. A des moments sombres de mon existence, j'aurais pu finir à l'asile, mais je m'en suis toujours sortis et ce qui m'a fait tenir, ce ne sont pas les médicaments ou les psychiatres mais l'amour. L'amour de mes amis, de ma femme, de mes enfants, de ma famille, de mon public...Sans amour on n'est rien dans ce monde. C'est ma philosophie et c'est ce que j'ai voulu exprimer dans mon film. Si vous ne l'avez pas vu, c'est que vous êtes aussi cons que le méchant de mon scénario.

Aujourd'hui, 15 ans plus tard à 60 ans passé, je fais toujours le mariole à la TV, entouré d’acrobates, de magiciens et d'humoristes au plus grand cabaret du monde. J'attends confortablement mon chèque à la fin du mois et je suis bien parti pour durer ainsi jusqu'à mes 80 ans. Récemment j'ai appris par mon petit neveu que T'Aime était devenu une légende du nanar français pour tous les aficionados du genre. Y'a même des gens habitant très loin les uns des autres qui se réunissent tous ensemble sur internet pour regarder en même temps le film et se marrer un bon coup, parait-il. Moi perso j'y crois pas trop. Je vois franchement pas quel genre de psychopathe pourrait s'étouffer de rire en regardant mon oeuvre. Enfin merde, ça parle quand même de viol, d’hôpitaux psychiatriques et d'amours impossibles avec une violence non atténuée. Faut vraiment être bien tordu pour rire à un truc pareil.

PS: Merci à MissGenki pour la correction des fautes et à Gloomy pour avoir rectifié les fautes de Genki ;-)
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Alfred_Tordu
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