Tallulah
6.6
Tallulah

Film de Sian Heder (2016)

Une mauvaise décision qui ne cesse de prendre de l’ampleur

J’ai beaucoup aimé Tallulah. C’est un vrai drame, mais pas un film qui cherche seulement à faire pleurer. Ce qui m’a surtout retenu, c’est que toute l’histoire naît d’une décision compréhensible pendant quelques secondes, puis complètement absurde dès qu’on y réfléchit.


Tallulah vit dans une camionnette, passe d’un endroit à l’autre et semble avoir appris à ne dépendre de personne. Un jour, elle se retrouve dans une chambre d’hôtel à s’occuper d’une petite fille dont la mère est ivre, dépassée et bien plus préoccupée par elle-même que par son enfant. Tallulah voit l’état de la petite, panique et décide de l’emmener.


À partir de là, je n’ai pas cessé de me poser la même question : pourquoi n’est-elle pas retournée à l’hôtel ? Elle aurait pu mettre l’enfant à l’abri pendant quelques heures, attendre que la mère réagisse, puis revenir expliquer à la police ce qui s’était passé. Peut-être qu’on ne l’aurait pas entièrement crue. Peut-être qu’elle aurait aussi été arrêtée. Mais il y avait des témoins, des caméras et une chambre montrant clairement l’état de cette femme. Tout aurait pu être différent.


Au lieu de cela, elle s’enfuit. Et plus elle essaie d’arranger la situation, plus le mensonge grandit. C’est ce que le film réussit le mieux. On ne peut pas approuver ce que fait Tallulah, mais on ne peut pas non plus la considérer comme une simple kidnappeuse. Elle commet quelque chose de terrible, mais on comprend ce qui l’a poussée à agir.


Elliot Page est excellent. Tallulah paraît dure, indépendante et toujours prête à disparaître, mais elle est en réalité complètement perdue. Elle ne sait ni construire une vie normale ni faire confiance aux autres, et elle se retrouve soudain à s’occuper d’une enfant en faisant semblant d’appartenir à une famille.


Allison Janney est peut-être encore meilleure. Margo apparaît d’abord comme une femme froide, fatiguée et fermée, avant que l’on découvre sa profonde solitude. La relation entre les deux femmes est ce qu’il y a de plus beau dans le film. Elles ne deviennent pas soudain une famille parfaite ; elles commencent simplement à remplir des vides présents depuis trop longtemps.


Tammy Blanchard possède probablement le rôle le plus difficile. Son personnage est égoïste, exaspérant et souvent une mère épouvantable, mais elle n’est jamais transformée en méchante caricaturale. C’est une femme qui ne sait quoi faire ni de sa fille ni de sa propre vie.


Au fond, Tallulah parle de femmes qui ne correspondent pas à l’image traditionnelle de la maternité. L’une a une fille mais ne sait pas s’en occuper. Une autre emmène une enfant qui n’est pas la sienne parce qu’elle pense pouvoir faire mieux. Une troisième tente encore d’accepter la perte de sa relation avec son propre fils.


Le film aurait facilement pu ressembler à un téléfilm mélodramatique, mais les actrices l’en empêchent. Il y a de l’humour, de l’absurde et de la tendresse, sans que disparaisse la sensation que tout peut s’écrouler à tout moment.


Tallulah est triste, inconfortable et très humaine. Les trois actrices sont remarquables et rendent proche une histoire qui aurait pu sembler excessivement fabriquée. J’ai beaucoup aimé le film, même si je continue à penser que Tallulah aurait évité presque tout le désastre en retournant simplement à l’hôtel pour dire la vérité.


Mais il n’y aurait alors pas eu de film.

decatur555
8
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le 22 juil. 2026

Critique lue 6 fois

decatur555

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