Tár est un film dangereux.

Commençons par le commencement : Tár est le troisième film de son réalisateur, Todd Field, et pour celui-ci il a décidé de parler de musique classique. C’est ainsi le premier point qui va retenir notre attention durant cette critique. Tár ne comprend rien à la musique classique, il se contente de citer des noms de compositeur.ice.s et de leurs concertos mais, quand on regarde la mise en scène de plus près, on se rend compte qu’on a affaire à quelque chose de complètement plat et sans âme. On se demande même si Todd Field n’a pas choisi ce sujet pour la simple et bonne raison de se faire voir comme un intellectuel supérieur qui ne s’intéresse pas simplement au cinéma mais aussi à de « vrais » arts comme la musique classique.

Et pourtant, on se rend compte de l’imposture de sa réalisation dès l’instant où on est confronté à une scène de concert. En effet les scènes sont vides, inintéressantes et dénuées de toutes sensations si ce n’est l’ennui. On trouve plus de talent dans la mise en scène de la scène du chef d’orchestre d’Annette de Leos Carax (qui ne dure que 3 minutes) que dans les 2h40 du film Tár qui nous plongent dans un trou noir tant le film parait long et vide de toute matière. Le film ne fait pas de mise en scène, il fait de la mise en forme : Todd Field passe son temps à faire des beaux petits plans bien pensés qui n’apportent rien au film et qui sont juste une succession de choses sans aucun rapport entre elles. Tout ça a un seul et unique but : permettre à Todd Field de se faire mousser et de se prendre pour un grand metteur en scène en nous offrant des plans toujours plus ridicules et masturbatoires les uns que les autres. Todd Field méprise le cinéma et conçoit son film, non pas comme une œuvre cinématographique, mais comme une sorte de vulgaire support pour montrer les vraies œuvres : celles de la musique classique.

Un des autres problèmes du film, c’est qu’il est conçu autour d’un style de musique assez élitiste : la musique classique. Mais, au lieu de rendre accessible au plus grand nombre ce qui ne leur serait pas à portée de main normalement, Todd Field décide de faire de son film une sorte de produit élitiste et bourgeois qui passe son temps à montrer des grandes discussions philosophiques sur la musique entrecoupée de scène dont le but est de satisfaire les quelques élitistes bourgeois qui seraient allés voir le film. Rien n’est rendu accessible, rien ne passe par nos sens, tout est mélangé dans une sorte de bouillie intellectualo-théorique qui ne veut plus rien dire et qui est juste là pour faire passer le film comme une grande œuvre trop intelligente pour nous.

Mais la ou repose véritablement le scandale, c’est dans son propos de fond. Le film passe son temps à tourner en ridicule une certaine pensée que l’extrême droite qualifierait de « progressiste » ou « woke », ainsi le film est un film totalement conservateur qui prône une certaine vision du monde dangereuse. La protagoniste principale passe la majeure partie de son temps dans le film à commettre des actes absolument honteux : humiliation, suffisance, harcèlement, mensonge… on nous explique même qu’elle obtient des faveurs sexuelles de ses élèves en échange de recommandations. La mise en scène ne condamne À AUCUN MOMENT ses actes, et va même à l’encontre de toute forme de condamnation en victimisant son personnage qui serait victime de la « cancel-culture » ou je ne sais quel concept fantaisiste et fantasmé. Le film fait passer une VIOLEUSE pour la victime, Todd Field a choisi son camp dans la lutte pour le droit des femmes, il est dans le camp des violeurs. Tár essaye de se faire passer pour un film subversif en nous montrant une femme qui agresse d’autres femmes, sauf que cela ne change rien, ses actes sont tout autant condamnables et, non, montrer des violeur.euse.s en victimes ce n’est pas ça un film subversif.

Je ne conseillerais à personne d’aller voir ce film, fuyez-le. Déjà pour éviter de regarder 2h40 de Todd Field se vautrant dans sa propre fange, tout en se pavanant d’être un grand réalisateur. Mais aussi et surtout car ce film représente une idéologie dangereuse et ignoble qui ne devrait même pas avoir sa place au cinéma.


MangeuseDeCramptes
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le 2 févr. 2023

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