Un des plus beaux portraits d'être humain qu'il m'ait été donné de voir, hommes et femmes confondus. Non pas que Lydia Tár soit sympathique, loin de là, mais la mise en scène froide et inquiétante de Todd Field et le jeu subtil de Cate Blanchett en font un personnage envoûtant.

D'abord, ce n'est pas si souvent qu'on a l'occasion et qu'on nous donne vraiment le temps (plus de 2h30) de voir toutes les facettes d'un personnage, son comportement avec d'autres personnages ou seule. Et quand c'est la grande Cate Blanchett qui est au centre de l'attention, le plaisir est décuplé. Quelle présence incroyable ! Et cette voix... Je ne vois pas d'autre actrice qui aurait eu assez de charisme pour incarner cette femme chef d'orchestre égocentrique et autoritaire.

La photo et les décors aux couleurs froides - l'histoire se passe à Berlin - sont en accord avec la personnalité dominante et impérieuse de Tár. Nulle place au soleil, à la fantaisie ou aux couleurs vives dans l'environnement - comme dans les costumes masculins - de cette femme de pouvoir obsédée par son travail et qui attend d'être obéie au doigt et à l'oeil. Elle est au sommet de son art, de sa célébrité et de son pouvoir. Mais un grain de sable va venir enrayer cette belle mécanique et amorcer la chute lente mais irréversible de Tár. Car la dame abuse un peu de son pouvoir en virant et choisissant ses collaborateurs et les aspirantes chefs d'orchestre et elle va le payer cher.

J'ai beaucoup aimé la mise en scène de Field et l'ambiance froide et de plus en plus sombre qui baigne le film. Pour certaines scènes (les cauchemars, les bruits qui obsèdent Tár), le réalisateur n'hésite pas à mettre un pied dans l'horreur. La belle assurance que Tár affiche en public laisse place à des obsessions et des insomnies dès qu'elle est seule. Ces bruits inquiétants qui l'obsèdent (on aura une explication glaçante pour l'un d'entre eux) ou ces phénomènes inexpliqués (le métronome qui se déclenche seul en pleine nuit) ressemblent à des signes annonciateurs de la désintégration qui approche.

Field n'explique pas tout et préserve une grande part de mystère autour du personnage principal. Quelques allusions sont faites au passé de Tár, mais elles sont subtiles. A nous de les percevoir, de les interpréter et de comprendre ce qui est dit entre les lignes. Les autres personnages sont ambigus, notamment celui de Francesca et d'Olga dont on ne saisit pas complètement les personnalités et les motivations. Le réalisateur nous laisse de quoi gamberger et ça me convient parfaitement.

Les scènes de répétition sont fascinantes et j'ai adoré voir l'envers d'un concert et le travail d'un chef d'orchestre.

La fin, d'une ironie folle, est particulièrement réussie.


Créée

le 24 mai 2026

Critique lue 11 fois

Maîrrresse

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