8
le 19 nov. 2017
SuivreMon curé chez les persanes
Le cinéma iranien produit régulièrement des œuvres de grandes qualités, intelligentes, modernes et d'auteurs. Téhéran Tabou se situe indéniablement dans le haut du panier. Filmé en rotoscopie,...
Être une épouse, être une jeune femme qui va se marier et doit redevenir vierge, être une femme avec un enfant qui se prostitue pour survivre, être un artiste qu’on empêche, être un mollah, être un homme… Ici, là, ailleurs, mais surtout en Iran. L’ancienne Perse aux mille splendeurs, le pays des ayatollahs, le pays où l’on pend pour adultère ou parce qu’on est gay… Ali Soozandeh parle de son pays qu’il a fui il y a des années et qu’il regarde droit dans les yeux, sans faillir. Il parle surtout de ces gens asservis, moralement et physiquement, par un régime religieux aux règles qui ne sont là que pour réprimer, proscrire, inhiber, et qui, parfois, flirtent même avec l’absurde (interdiction du jeu Pokémon Go, interdiction d’avoir un chien…).
Il évoque aussi cette hypocrisie, presque cette schizophrénie (le père qui regarde en cachette des clips avec des femmes qui se trémoussent, le chauffeur de taxi offensé parce que sa fille se promène avec un homme dans la rue alors qu’une prostituée s’occupe gentiment de lui…), que la société iranienne charrie malgré elle au quotidien face aux tabous qu’elle contourne et qu’elle brise (boire de l’alcool, utiliser Facebook, embrasser qui on veut, se tenir par la main…). Une société tout en contradictions dont les Iraniens s’arrange parce que c'est comme ça, parce qu’il n’y a pas le choix, pas de latitudes, sinon celle de rêver, rêver de liberté, à d’autres pays ou d’une vie plus facile, comme si la seule chose que le régime tolérait, c’était ça : rêver, simplement.
Téhéran tabou est comme un écho au roman Les putes voilées n’iront jamais au paradis de Chahdortt Djavann publié en 2016 et qui décrivait, de manière très crue et par le biais de témoignages de prostituées, les dérives d’une République islamique obnubilée par l’ostracisation du sexe et cette détestation de l’intimité. Téhéran tabou fait également œuvre de pamphlet en cherchant à tout dire et à tout montrer (pauvreté, drogue, prostitution, corruption…), mais sa charge en devient vite poussive, d’où ce sentiment d’une lourde démonstration (à l’image d’un final appuyé) plutôt qu’une évocation subtile des censures et frustrations pesant sur tout un peuple (et surtout sur les femmes). L’ambition est là (en plus d’une animation en rotoscopie très réussie), et la volonté aussi de décrire la réalité brute de l’Iran d'aujourd’hui, mais Soozandeh cherche à tellement bien faire et dénoncer (et même choquer) qu’il finit par ne plus convaincre.
Créée
le 11 oct. 2017
Critique lue 1.6K fois
8
le 19 nov. 2017
SuivreLe cinéma iranien produit régulièrement des œuvres de grandes qualités, intelligentes, modernes et d'auteurs. Téhéran Tabou se situe indéniablement dans le haut du panier. Filmé en rotoscopie,...
7
le 30 nov. 2017
SuivreSur le papier, c'est un film d'animation sur une ville, Téhéran, et le rapport de ses habitants aux nombreux interdits, aux prohibitions autant juridiques que morales qui quadrillent leur vie...
6
le 9 oct. 2017
SuivreDe nos points de vue auto-centrés d'européen, les pays soumis à la loi islamique ou du moins, s'en inspirant fortement, nous sont toujours apparus comme moralement irréprochables, à la limite d'une...
8
le 18 janv. 2017
SuivreAu clair de lune, les garçons noirs paraissent bleu, et dans les nuits orange aussi, quand ils marchent ou quand ils s’embrassent. C’est de là que vient, de là que bat le cœur de Moonlight, dans le...
4
le 19 oct. 2013
SuivreUn jour c’est promis, j’arrêterai de me faire avoir par ces films ultra attendus qui vous promettent du rêve pour finalement vous ramener plus bas que terre. Il ne s’agit pas ici de nier ou de...
5
le 11 oct. 2015
SuivreEn fait, tu croyais Matt Damon perdu sur une planète inconnue au milieu d’un trou noir (Interstellar) avec Sandra Bullock qui hyperventile et lui chante des berceuses, la conne. Mais non, t’as tout...