Après les deux excellents Terminator de 1984 et 1991, le clin d'oeil (rougeoyant) de 2019.

Dark Fate vaut pour son clin d'oeil qui signale aux jeunes d'aller voir les deux premiers Terminator, du cinéma de première.

Nous n'avons pas les mêmes attentes pour chaque film, même pour les blockbusters. 

Avec The Terminator, en 1984, nous devions surmonter un choc, une originalité pour l'époque : un personnage de robot destructeur, un envoyé du futur par une Intelligence Artificielle malveillante, qui affrontait son adversaire humain, protecteur d'une ingénue de notre époque menacée mais résiliente.

Ce film là répondait à notre besoin d'originalité car il ne ressemblait à rien d'autre avant lui. Les remerciements de Cameron à l'immense écrivain de science-fiction Harlan Ellison dans le générique de fin témoignent de sa dette pour une petite part de son inspiration, la nouvelle "The Soldier" : de là venait l'ambiance du début du film, la dystopie et son chaos guerrier, mais c'est tout ce qu'il empruntait.

Pour The Terminator 2 (Le Jugement dernier) en 1991, nos attentes avaient évolué. Ce n'était plus notre besoin d'une originalité franche, d'une surprise, mais au contraire notre désir "du même avec un peu de différence". La réussite fut complète sur ce plan, rarement aussi parfaite pour une "sequel".

En les revoyant aujourd'hui les deux à la suite, on ressent encore plus que primait en 1991 la réminiscence du premier (de 1984), le rappel du "même" étant aiguisé par les différences : un deuxième robot, plus perfectionné que le premier (déjà presqu'invincible), lequel devenait le protecteur de la proie et non plus son chasseur. Et la proie-héroïne passe de l'ingénue aux abois à une redoutable mater furiosa. Tandis que le héros du futur est introduit dans le passé comme un adolescent délinquant qui va apprendre peu à peu les tourments de la vie et de la guerre. La poursuite de l'histoire de science-fiction tient la route.

En découvrant seulement maintenant le troisième opus The Terminator : Dark Fate, de 2019, (pour moi passé inaperçu à sa sortie, enfoui dans la longue série des autres variations de la franchise), en le voyant immédiatement après la re-vision de ces deux épisodes initiaux, c'est la déclinaison du "même", de ses variations qui s'impose visuellement, intellectuellement, émotionnellement. 

Pendant qu'on le regarde, notre cerveau balaie des aller-retours discriminants entre les séquences des premiers opus et celles-ci : est-ce qu'elles sont aussi intéressantes, captivantes, ou au contraire trop plates, voire ineptes ? Hélas, pour le dernier né, toutes ces épithètes vont se succèder, voire se mélanger...

The Terminator inventa un personnage qui devint culte par son allure et ses répliques, dans la mesure où il était porté par une histoire de science-fiction captivante de bout en bout, avec aussi sa cohérence interne (rehaussée aujourd'hui par les inquiétudes nouvelles liées à l'IA). Son impact peut aussi se mesurer par ce fait que son titre, 'terminator", est devenu un mot de notre lexique courant et génère lui-même plusieurs nouveaux mots (le suffixe ATOR ajouté à n'importe quelle fonction agit comme une ellipse sémantique qui donne de l'emphase et de l'autodérision au contenu). Son personnage reste le plus impressionnant dans la galaxie des gros durs qui envahirent les écrans apres lui. D'autant plus que, en 1991 The Terminator 2 a renforcé l'aura du film, de la saga, et des personnages.

Mais dans Dark Fate, on peut seulement apprécier la premiere demi-heure, qui nous expose en quoi le nouveau robot méchant (le troisième donc) est encore plus perfectionné et difficile à combattre que celui de Terminator 2. C'est vraiment pas mal, car ce sont quasiment les mêmes combats mais ce robot number 3 a du mieux dans ses capacités (même s'il a perdu le charisme de l'acteur Robert Patrick, qui jouait le Terminator 2). 

On apprécie aussi le tout dernier quart d'heure car il n'est pas facile de ré-inventer un combat final des faibles humains contre le robot qui est "invincible" mais qui doit quand même y passer. Et pourtant, ce moment réussit à être original tout en rappelant avec humour les précédents opus (le bras mécanique détruit du T-800... son visage à moitié dépecé... son oeil rouge qui s'éteint puis clignote, etc.).

Entre ces deux moments (le début et la fin), tout est foutraque : la nouvelle intrigue, édulcorée (la protection d'une jeune humaine future héroïne de la résistance aux machines et à leur cheftaine l'IA), les nouveaux venus, insipides (la garde du corps venue du futur, la jeune fille sauveuse-de-l'humanité qui s'ignore), et mêmes les anciens personnages phares (le terminator T-800 joué par Schwarzennegger qui acquiert ici une conscience presqu'humaine, ou la mere de John Connor assassiné, devenue âgée, badass et alcoolique, jouée par Linda Hamilton). Les bastons n'ont ni queue ni tête si bien que malgré le chaos dans un avion, dans le ciel et sous l'eau, personne n'est atteint quand tout explose, se disloque, s'enflamme et ravage tout alentour.

On suit donc ça en somnolant, ou bien du coin de l'oeil en attendant que ça passe...

Au cinéma, quand le film entier est bon, comme sont les deux premiers Terminator, c'est un cadeau, mais dans la plupart des films, on n'a que des bouts d'émerveillement. 

Ici, on peut prendre l'oeil rouge qui clignote avant l'extinction complète du T-800 comme une clef ou une métaphore : où tu acceptes de checker avec ce dernier film sur sa part de déconnade affectueuse pour le passé, et tu t'en contentes ; ou tu n'y vois que sa dimension commerciale, l'exploitation abusive d'une belle mythologie de cinema, et tu ronchonnes...

Spielberg nous l'avait bien expliqué, il y a longtemps, avec Les Rencontres du 3eme Type : il avait mis François Truffaut (pour les cinéastes américains de cette génération, il était l'incarnation du metteur en scène et de l'amour du cinéma ) comme organisateur de l'entrée de quelques pékins, choisis pour leur innocence, dans le vaisseau du rêve : un enfant + un adulte allumé (et un autre que j'ai oublié) réunis par l'alternative : "Ou tu veux vraiment rentrer dans le film ou alors tu n'es pas prêt et tu resteras en dehors du cinoche..."

Michael-Faure
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le 4 janv. 2026

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