Imaginez un film où le destin, la chair et l’acier s’entrelacent dans un ballet mécanique d’une sensualité apocalyptique. Où chaque étincelle de métal frotté contre le béton devient poème, chaque tir de fusil d’assaut, haïku de la fin du monde. Dans cet opus, les cyborgs ne courent pas : ils valsent. Les humains ne fuient pas : ils méditent sur leur obsolescence. Dark Fate se présente comme une fresque néo-industrielle, une méditation sur la transmission, la mémoire et la manière dont une machine peut devenir plus humaine qu’un humain qui passe ses soirées sur Instagram. Dès les premières secondes, la fatalité s’impose, majestueuse, comme une main robotique caressant le cou fragile du genre humain.


Imaginez un film où la mise en scène réinvente la gravité, où chaque plan semble tourné avec la solennité d’une messe païenne célébrant le moteur diesel. Le montage, d’une rigueur métronomique, évoque Eisenstein s’il avait eu un abonnement illimité à Netflix. Les cascades flirtent avec le surréalisme, les explosions deviennent presque conceptuelles — à la fois bruyantes et introspectives, comme si Tarkovski avait décidé de faire péter un camion-citerne au ralenti. On ne regarde pas Dark Fate, on le subit, on le traverse, on en ressort couvert de cambouis existentiel et d’une étrange envie de faire des pompes.


Imaginez un film où les effets spéciaux ne sont pas de simples artifices numériques, mais les pinceaux d’un Michel-Ange du pixel. Les visages se dissolvent dans le métal liquide avec la grâce d’un Turner sous stéroïdes, les poursuites défient la logique newtonienne et la caméra devient une entité omnisciente, glissant entre les univers comme un drone mystique. Jamais un CGI n’a paru aussi tangible, aussi vibrant, aussi plein d’émotions synthétiques. C’est le triomphe du silicium sur la sueur, du rendu 3D sur la larme humaine — et pourtant, miracle, la larme coule quand même.


Imaginez un film où James Cameron, revenu tel un prophète revenu d’exil, reprend le flambeau sacré qu’il avait jadis forgé dans les flammes de T2 : Le Jugement dernier. Son ombre plane sur chaque plan, son souffle titanesque guide chaque pixel. Il ne réalise pas, non — il orchestre, tel un démiurge fatigué, une symphonie d’acier et de chair. C’est Prométhée lui-même venant reprendre le feu qu’Hollywood lui avait volé pour en allumer un barbecue de nostalgie. Car Dark Fate n’est pas une suite : c’est une résurrection. Cameron s’y érige en Christ cybernétique, prêt à souffrir pour nos péchés de spectateurs infidèles.


Imaginez un film où Linda Hamilton redevient Sarah Connor, non pas simple personnage, mais monument vivant, bloc de marbre sculpté à coups de mitraillette. Son visage buriné raconte plus d’histoire que toute la filmographie de Michael Bay. Elle n’agit pas, elle incarne. Son regard seul contient la rage de l’humanité, la peur de la mère, la tendresse du soldat fatigué. Face à elle, Arnold Schwarzenegger, en T-800 repenti, se hisse au rang de tragédien shakespearien : machine déchue, père de substitution, philosophe de la vis sans fin. Le duo transcende la simple nostalgie ; ils sont nos Roméo et Juliette de l’ère post-nucléaire.


Imaginez un film où chaque réplique sonne comme un aphorisme nietzschéen crié à travers un haut-parleur. Les dialogues, tendus comme des arcs de plasma, frappent avec la force d’un manifeste. « Il n’y a pas de destin, sauf celui qu’on se crée. » Oui, mais ici, le destin semble s’être offert une cure de testostérone et une carte de fidélité chez Amazon Prime. Les personnages ne parlent pas : ils gravent leurs mots dans le titane même du scénario. C’est de la philosophie de garage, mais avec un turbo.


Imaginez un film où le futur ne fait plus peur, parce qu’il est déjà là, assis à côté de vous, en train de siroter un soda tiède. L’apocalypse a le goût du plastique, la fin du monde celui de la machine à popcorn. Et pourtant, c’est beau. D’une beauté crépusculaire, presque romantique. Dark Fate réussit l’impossible : rendre la fin du monde fréquentable, presque désirable. Si la Terre doit brûler, qu’elle brûle avec autant d’élégance.


C’est bon ? Vous avez bien le film en tête ? Parfait.


Parce que si vous voulez savoir ce qu’est Terminator : Dark Fate, eh bien… c’est tout l’inverse.


Pas d’épopée lyrique, pas de souffle cameronien, juste un cyborg fatigué qui court après sa gloire perdue et un scénario qui se désintègre plus vite qu’un T-1000 dans une piscine d’acide. Le film qu’on imaginait est une cathédrale de métal ; celui qu’on a vu, c’est un hangar en tôle ondulée. L’Apocalypse attendra : elle s’est endormie devant le film.

Kelemvor

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