Terminator Genisys, Alan Taylor, U.S.A, 2015, 126 min

Los Angeles, quelque part en 2013.


Clic.


_ « Allo David, salut, c’est Megan. Dit, je viens de remporter les droits pour la franchise Terminator aux enchères, ça te brancherait qu’on produise un nouveau film. »


_  « Ho, salut Megan ! Ouais un nouveau Terminator, c’est cool ! Mais ce serait bien de faire un truc nouveau avec ce vieux machin. Attends, j’appelle Dana. »


Clic.


_  « Allo Dana, salut, c’est David, avec Megan, on produit un nouveau Terminator, ça te dirait de le coproduire ? »


_  « Ho, salut David ! Ouais un nouveau Terminator, c’est cool ! Ça commence à être vieux, faudrait dépoussiérer tout ça et faire du neuf avec ! Attends, j’appelle Bill. »


Clic.


_  « Allo Bill, salut, c’est Dana, avec David et Megan, on va produire un nouveau Terminator, c’est trop cool. Ça te dit de te joindre à nous ? »


_  « Ho, salut Dana ! Mais carrément ma gueule ! Et, avec toutes les nouvelles technologies, on va trop pouvoir faire un truc cool et nouveau de ouf !! Attends, j’appelle Robert. »


Clic.


_  « Allo, Robert, c’est Bill, avec Dana, David, et Megan, on va produire un nouveau Terminator qui va déchirer sa race ! Je me suis dit que ça te brancherait trop, je me souviens que t’avais surkiffé le 3. Tu te joins à nous ? »


_  « Ho, salut Bill ! Mais grave ta race ! Putain, on peut faire un putain de Terminator qui va défoncer le cul des cinéphiles putain de merde ! Attends, j’appelle Paul ! »


Clic.


_  « Allo, Paul, c’est Robert ! Je t’appelle parce qu’avec Bill, Dana, David et Megan, on va produire un putain de vieux Terminator nouveau de ta race qui pète des sphincters ! t’es in ? »


_  « Ho, salut Robert ! Ben écoute, putain de ouais j’adore le Terminator du sphincter ! Attends, je préviens Shari ! »


Clic.


_  « Allo, Shari, c’est Paul ! Je t’appelle parce qu’avec Robert, Bill, Dana, David et Megan, on est sur le point de produire un nouveau trop cool Terminator qui va révolutionner tous les sphincters. Ça te dit de faire participer ta thune ? »


_  « Ho, salut Paul ! Mais bien sûr que oui que je suis prêt à donner des sous, dès que c’est les questions de sphincter, je suis complètement partant, surtout ceux du Terminator ! De ce pas, j’appelle Laeta ! »


Clic.


_  « Allo, Laeta, c’est Shari, avec Paul, Robert, Bill, Dana, David et Megan, on va faire un nouveau Terminator dans des vieux sphincters trop cools ! »


_  « Ho salut Shari ! J’adore les sphincters, mais pour quoi faire ? »


_  « Bah pour faire un peu de la thune quoi. »


_  « Ha ok ! Attend j’appelle Patrick. »


Clic.


_ « Allo Patrick, ici Laeta, Y’a Shari, Paul, Robert, Bill, Dana, David et Megan qui planchent sur le nouveau « Terminator Sphincter ». Ils m’ont proposé de le coproduire, ça te dit d’en être ? »


_  « Ho, salut Laeta ! Et bien pourquoi pas, j’y connais pas grand-chose à Terminator, mais j’adore les sphincters et les films du cul de la bagarre. Tu crois que y’a moyen qu’on l’écrive ensemble ? Tant qu’à faire je préfère me lancer dans la production d’un truc cool qui porte ma patte d’auteur, et pas juste pour faire de la thune. »


_  « Bah ouais carrément. Je pense que les autres seront d’accord. Et j’ai beaucoup du temps en ce moment, j’ai une vilaine gastro, donc je peux complètement écrire sur le sphincter du Terminator. »


_  « Super ! J’ai déjà une idée trop nouvelle et trop top. On va trop révolutionner la saga de ouf. Bon, je vais peut-être regarder les autres avants, ça me donnera peut-être des idées de génie. »


_  « Tu fais bien ! Moi aussi, je vais profiter d’en être sur la cuvette pour les regarder. »


Clic.


Voilà comment est né, très certainement, le cinquième volet de la Franchise « Terminator », affublé d’un « Genisys » qui ne veut rien dire et qui a nécessité pas moins de deux producteurs, David Ellison & Dana Goldberg, de la productrice associée Shari Hanson, de six producteurs exécutifs, Bill Carraro, Robert W. Cort, Megan Ellison, Paul Schwake, Laeta Kalogridis et Patrick Luissier, dont deux d’entre eux, Laeta Kalogridis & Patrick Luissier, signe le scénario, et bien entendu, la participation d’un réalisateur médiocre Alan Taylor. Cette fine équipe a été réunie dans un but et un seul, faire du flouze, de l’oseille, du pognon, du pèze, du fric, du blé, en un mot : de la thune.


« Terminator Genysis » est l’une de ces démarches sincères, honnêtes et droites, qui, dès le départ, a été pensée comme un reboot ouvrant sur une trilogie. Pas peur de l’échec de « Terminator Salvation », à une époque où tout le monde s’en branle des films d’action génériques, alors que le multivers de Marvel écrase toute concurrence. Pour les producteurs, pas de soucis, il y a une porte pour un nouveau Terminator. Sauf que, spoiler, non. Et une fois de plus, une suite de « Terminator » s’effondre au box-office étatsunien. Si le film remporte quand même pas mal de soussous à l’international, sur le marché intérieur, celui qui intéresse les producteurs, c’est la douche froide, une fois n’est pas coutume.


Pourtant, ça partait bien, comme en témoigne cet audio, authentique, d’un des producteurs, qui explique très bien pourquoi « Genysis » avait tout pour réussir :

_« Ouais, mais nan, mais ça peut pas se planter, là on a une superbe idée qui va tout relancer. Déjà, on va organiser toute l’intrigue autour du voyage dans le temps. Parce que, sur ce point y’a aucun risque de se planter, les voyages dans le temps, c’est easy. On va refaire tout le début du premier Terminator, mais avec d’autres acteurs. Je pense à Jai Courtney pour Kyle Reese. J’adore ce comédien qui joue tout en nuance et qui a un charisme incroyable. Et puis, pour Sarah Connor, on pourrait prendre Emilia Clarke, les gens adorent « Game of Throne » et Alan, il a en à réaliser plein des épisodes, donc il la connaît bien. Et pour l’histoire, ben, simple, imaginez une Sarah Connor qui aura en réalité grandi avec un Terminator débarqué quand elle était enfant. Et du coup, il a vieilli, et elle, elle est devenue bad ass. Et son Terminator, elle l’appela “Pop” parce qu’il est vieux. On expliquera tout ça au détour d’un dialogue, avec des flashbacks, de toute façon on s’en fout, les spectateurs sont trop cons pour comprendre. »


Et là, après ce pitch, y’a quelqu’un pendant la réunion qu’a dit « Hé, mais c’est trop une bonne idée ça. J’achète ! ». Ce type était producteur, et, grâce à lui est né l’un des étrons filmiques les plus monumentalement dégueulasses de ces dernières décénnies. Et pourtant, en 2015, il y’avait de la concurrence, avec « Jurassic World », autre prétendant au titre. Bref, le temps est venu d’aborder frontalement « Terminator Genysis ». Je vous préviens tout de suite, ce qui suit est une chronique déconstructive, remplie de bile et de haine, dont les propos ont été rédigés sur des WC, lors d’une période de constipation passagère.


Le principe de « Terminator Genysis » est de refaire tout le début de « The Terminator », au plan prêt, ce qui fait que durant les 30 premières minutes, on assiste juste à une redite, avec un acteur peu convaincant dans le rôle de Kyle Reese. Avec sa gueule de bovin lobotomisé gonflé aux hormones, Jai Courtney est un type qui jouait mal dans la série « Spartacus », et qui a réussi à en faire une carrière. Après « Die Hard 5 » en 2013, le voilà donc dans « Terminator 5 ». Un bien beau CV. Il reprend donc le rôle du charismatique Michael Biehn, et passe son temps, à chacune de ses scènes à détruire un personnage pourtant apprécié.


Donc l’idée est de refaire tout le début de « The Terminator » pour tout niquer par la suite. Alors, le fait que Sarah Connor soit bad ass et sauve Kyle Reese, est une relecture féministe des plus bienvenue, là n’est pas le problème. Le problème, c’est pourquoi massacrer un film culte, d’où c’est une bonne idée ? D’où ça marche ? C’est quoi le projet de ce Terminator autre que de puer la merde pendant 2 h ? Sarah Connor, elle était déjà au centre des deux premiers films, et il y avait clairement un meilleur moyen de la mettre encore plus en avant. C’est d’ailleurs là toute la réussite de « Terminator Dark Fate » en 2019 qui offre une relecture féministe crédible, tout en respectant les codes de la franchise.


Pour poursuivre ce parallèle, proposer une rupture radicale n’est pas mauvais en soi. Mais là, ça prend une orientation qui passe son temps à tout casser sans raison, pour resservir une soupe froide, à la pisse. Ce scandale astronomique fait n’importe quoi avec une franchise qui n’appartient pas vraiment à ceux qui ont osé la commettre. Comment est-il possible d’en arriver à accomplir un truc pareil ? Toute l’intrigue se base uniquement sur les voyages dans le temps. Et tout le monde sait que c’est un biais hyper casse-gueule. Dans les deux premiers « Terminator », le voyage dans le temps est une infime part qui offre un prétexte scénaristique pour introduire les protagonistes, c’est tout. Ça tient quasiment de l’anecdotique, pour éviter justement de s’attarder sur les paradoxes, et ça sert juste de ressort à la fin du premier, c’est tout. Cela justifie toute l’installation de l’action, avec un zeste d’aventure S.-F., dans un univers cohérent, qui nous permet d’accepter l’existence de cyborgs tueurs venus du futur.


Cette petite suspension consentie de l’incrédulité nous autorise à ne pas trop nous interroger sur les tenants et aboutissants des voyages dans le temps, qui laisse croire que Kyle soit le père de John. Mais de cet élément minime, « Terminator Genysis » en fait TOUTE son intrigue et ne tourne qu’autour de ça… Alors qu’on s’en fout des voyages dans le temps, l’important c’est de poser des enjeux de tailles. On s’en fiche de comment le moyen de téléportation a été créé, comment il fonctionne, comment c’est une technologie hyper avancée, tellement secrète que tout le monde l’utilise…


C’est vide, c’est plat, c’est moche, les effets spéciaux sont nuls, au point que ceux de 1991 paraissent plus convaincants. C’est détestable, et ça passe son temps à se reposer sur un unique running gag, qui fait référence au grand âge de Schwarzy, qui avait 67 ans au moment du tournage. « Ha ha ha, il est vieux ! Regardez comme il est vieux ! ». Mais on le voit putain qu’il est vieux, ce n’est pas utile de le répéter tous les quarts d’heure… dès qu’il y a un nouveau personnage, il fait une remarque sur le fait qu’il est vieux. C’est même une punchline du film : « I’m old, but not obsolete ». Ha ha ha, il est vieux ! Regardez comme il est vieux ! Le vieux.


« Terminator Genysis » est le genre de navet qui pique la place de potentielles bonnes productions. C’est tellement mauvais, que le vieux T-800, monolithe fatigué auquel Schwarzy prête son physique vieillissant, reste le personnage le plus convaincant. En ne jouant pas, l’entité mécanique est celle qui dégage pourtant le plus d’humanité, en comparaison à Jai Courtney, qui aurait mieux fait de se perdre le jour où il est allé prendre son premier cours de comédie. Quant à Emilia Clark, elle reprend le rôle de Sarah Connor avec un accent anglais… Je n’ai rien contre l’accent anglais, hein, mais depuis quand la Californienne Sarah Connor est-elle devenue une sujette britannique ? C’est certes un détail, mais ça brise l’immersion.


Bon, après, elle n’est pas aidée par un scénario macho, véritable apologie du patriarcat. Que ce soit Kyle Reese qui toutes les dix minutes lui rappelle qu’il est là pour la protéger, et qui la mate sans cesse avec un œil lubrique, « Hé hé, je vais te pécho ! ». Ou le T-800 qui, lors d’une scène vers la fin, alors qu’il se sacrifie pour sauver tout le monde, lance à Reese « Protect my Sarah ». Cette nana bad ass et surentraînée, comme elle nous est présentée depuis le début, devient ainsi incapable de se protéger. D’un coup, elle est ce p’tit être vulnérable, se met à pleurer, et perd de vu son but principal : sauver l’humanité. Alors que tout est en train de péter, Kyle la raisonne, l’enlace, et la préserve d’elle-même, pauvre petite créature faible et fragile.


« Genysis » a toutes les tares possibles, du sexisme de rase campagne au racisme de bas étage. Je vous passe les détails, mais le film, qui n’a que 10 ans, paraît tellement bien plus dater que ça. Il fait même plus vieux que « Terminator 3 », c’est dire le niveau. En plus s’ajoute le fait que ce soit une sorte de photocopie qui n’apporte absolument rien, le genre de photocopie de photocopie, quand les couleurs deviennent difficilement visibles, et ressemblent à peine à des couleurs d’ailleurs. On sait qu’on est devant un « Terminator », mais il est difficile de le réaliser pleinement. Heureusement, ce mépris d’audience a été boudé, sauf à l’international. L’échec est a relativisé, ce qui n’en fait pas moins une grosse bouse.


Une fois de plus, ce « Terminator 5 » devait marquer le début d’une nouvelle trilogie,

et une fois de plus ça s’est planté. Peut-être parce qu’une trilogie n’est pas le format idéal pour cette franchise. Quand bien même on considère l’excellent « Dark Fate » comme un troisième chapitre, il ne vient pas conclure l’histoire, qui se termine tout simplement à la conclusion du deuxième film. Même « Terminator 3 » est poussivement un troisième opus, et ne constitue pas non plus une véritable fin. Peut-être que, tout simplement, il faut arrêter de faire des « Terminator », enfin, sauf si c’est pour proposer une suite comme « Dark Fate », là, oui, pourquoi pas. Bref, je n’en dirais point plus sur « Genysis », à voir davantage comme une un spin-off nul, évoluant en parallèle de la saga. Y’a pas grand-chose à dire de plus, c’est juste… désolant.


C’est vraiment de bout en bout l’objet puant de producteurs qui se croient plus malins qu’ils ne le sont et qui font mumuse avec le cadavre d’une franchise qu’ils n’ont même pas connu de son vivant. Il y a une véritable nature nécrophile qui se dégage de ce film, qui me le rend particulièrement détestable. J’ai vraiment du mal avec « Genysis », c’est l’une de mes pires expériences de cinéma, ce genre de film où vous devinez toutes les péripéties qui arrivent, parce qu’il n’y a tellement aucune originalité que les ficelles c’est des bouts qu’on voit venir à 15 kilomètres. Maintenant, après avoir dit tout ça… C’est vrai… Que… J’éprouve un malin plaisir à le revoir de temps en temps, d’une pour la prestation d’Arnold Schwarzenegger, qui est vraiment cool et puis… C’est tellement nul, tellement à la masse… Ouais ben le principe du nanard quoi…


-Stork_

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le 10 févr. 2020

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