J'ai longtemps cherché pourquoi Terrifier me laissait aussi perplexe.


Au début, je me suis dit que c'était un slasher. Puis je me suis ravisée. Le slasher possède ses propres codes : souvent une vengeance, un groupe d'adolescents libidineux, une fille finale, un lieu clos ou une grosse teuf, une date fatidique, un tueur qui fut d'abord un être humain avant de devenir une figure quasi mythologique. Même lorsqu'ils tuaient sans pitié, Michael Myers, Jason Voorhees ou Freddy Krueger racontaient encore quelque chose. Ils étaient le produit d'une histoire, d'un traumatisme, d'une légende.


Il semblerait qu'Art le Clown n'ait rien de tout cela. Il semble poursuivre un autre objectif.


Le scénario est réduit à l'essentiel. La psychologie est absente. Les personnages existent surtout pour traverser une succession de massacres toujours plus inventifs. Ici, le récit ne sert pas le gore ; c'est le gore qui devient le récit. Un spectacle cru. Une sensation forte, dénuée de sens, de logique.


Depuis plusieurs années, le cinéma d'horreur a évolué vers des œuvres de plus en plus riches thématiquement. Get Out parlait du racisme. Midsommar, du deuil et des relations toxiques. Pearl, de la frustration et de l'échec. La Main, de l'addiction et de la solitude. Mister Babadook, du deuil... Même lorsqu'ils étaient violents, ces films avaient quelque chose à raconter au-delà de leurs images.


Terrifier prend carrément le chemin inverse. Il ne cherche pas à être intelligent. Il ne veut pas délivrer un message. Il pousse simplement le spectacle gore jusqu'à son point de rupture, comme un vieux film d'exploitation auquel on aurait donné les moyens techniques d'aujourd'hui. Je comprends alors pourquoi il fascine autant certains spectateurs. Il ne leur propose pas une réflexion, mais une expérience. Une attraction. Jusqu'où peut-on aller ? Jusqu'où le réalisateur osera-t-il aller ?


Dans l'ensemble, je n'ai pas aimé Terrifier 2. Mais il y a une idée que j'ai trouvée intéressante.


Cette étrange petite fille blafarde, cette créature répugnante qui apparaît aux côtés d'Art. Ils échangent des regards, des sourires, des mimiques. Ils ne parlent jamais, mais semblent se comprendre instantanément. Comme deux enfants qui partageraient un langage oublié. On dirait deux êtres primitifs issus d'un multivers de l'Enfer.


À cet instant, Terrifier cesse d'être une simple démonstration de gore. Il devient onirique. Cauchemardesque, mais avec quelque chose d'enfantin.


Et c'est à ce moment-là que je me suis demandé si Terrifier n'était pas, finalement, un hommage au théâtre. Le côté « mime Marceau » d'Art. Les costumes un peu Pierrot et Colombine qui évoquent la Commedia dell'arte. Et, bien sûr, ces immenses scènes de boucherie qui rappellent le théâtre du Grand-Guignol, où le public venait autant admirer les effets spéciaux que frissonner devant les mutilations.


Et j'oublie l'essentiel ! C'est un clown ! Il est issu du spectacle vivant, il est censé faire rire les enfants ! Il entre en scène, il improvise avec des accessoires, il s'appelle Art. Il est une représentation artistique, et on ne lui en demande pas plus. C'est un artiste du macabre. Un spectacle degueulasse mais un spectacle.

gabylarvaire
5
Écrit par

Créée

le 6 juil. 2026

Critique lue 4 fois

gabylarvaire

Écrit par

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur Terrifier 2

Terrifier 2

Terrifier 2

7

Dagrey_Le-feu-follet

1468 critiques

Art le clown est de retour pour Halloween...

Après avoir été ressuscité par une entité sinistre, Art le Clown revient dans la ville de Miles County l'année suivante où il a assassiné 8 personnes durant la nuit d'Halloween. Cette fois, il prend...

le 25 oct. 2022

Terrifier 2

Terrifier 2

6

titiro

854 critiques

L'Art et la manière.

Retour en fanfare du clown mutique, sadique, imprévisible, psychopathe le plus sanguinaire de l'Histoire du cinéma. Auréolé d'un sacré buzz à sa sortie aux États-Unis, d'une durée de 2h20, et après...

le 19 janv. 2023

Terrifier 2

Terrifier 2

3

Little-Nightmare

23 critiques

Sérieusement ?

Le premier était déjà une sacré catastrophe mais alors là...Au delà du côté gore (qui ne me dérange pas plus que ça), qu'est-ce qui s'est passé lors de l'écriture du scénario

le 23 oct. 2022

Du même critique

Us

Us

10

gabylarvaire

613 critiques

Critique de Us par gabylarvaire

« Ainsi parle l’Éternel : Voici, je vais faire venir sur eux un malheur, dont ils ne pourront sortir. Et ils crieront vers moi, mais je ne les écouterai pas. » Jérémie 11:11C’est par cette menace...

le 17 oct. 2025

Le Portrait de Dorian Gray

Le Portrait de Dorian Gray

7

gabylarvaire

613 critiques

Critique de Le Portrait de Dorian Gray par gabylarvaire

Une écriture absolument magnifique, avec une plume trempée dans l'or, pour décrire une société gangrénée par le vice...Personnellement, si j'ai adoré la prose de monsieur Wilde, les personnages m'ont...

le 21 déc. 2025

Sinners

Sinners

9

gabylarvaire

613 critiques

Critique de Sinners par gabylarvaire

Deux frères débarquent avec leur passé douteux et un projet simple : ouvrir un club de musique dans le Mississippi. Du blues, de l’alcool, des gens qui dansent, une petite liberté qu’on n’a pas le...

le 9 mars 2026