De tous temps, l'homme a créé et alimenté de nombreuses légendes urbaines. Du bouche à oreille aux emails en passant par les réseaux sociaux, chaque jour voit naitre une nouvelle rumeur montée de toute pièces qui se répand de plus en plus rapidement, alimentant la curiosité du tout un chacun.
C'est au milieu des années 70 que la légende du snuff movie, sorte de film clandestin montrant des meurtres réels, fait son apparition. La rumeur de l'existence grandissante de tels films s'est tellement répandue à l'époque qu'on a même soupçonné Ruggero Deodato, le réalisateur de "Cannibal Holocaust" d'avoir réellement tué ses acteurs sur le tournage. Un procès plus tard, le réalisateur a été blanchi et on a jamais pu prouver l'existence de tels films.
Et c'est sur cette légende que se base le scénario du premier film remarqué du prodige espagnol, Alejandro Amenabar qui pointe de manière brillante le pouvoir des images et les mauvais côtés de la curiosité humaine.
Entre thriller et film d'horreur, Amenabar installe rapidement une ambiance oppressante où une jeune étudiante préparant une thèse sur la violence audiovisuelle, va être prise dans un engrenage dangereux entre curiosité et obsession.
Dès le départ, Amenabar tisse une toile, multipliant habilement les pistes où chaque personnage devient suspect. Grace à une utilisation subtile du hors champs et des décors (il n'y a quasiment aucune scène extérieure), la tension est omniprésente, emportant sans conteste le spectateur dans ce jeu de pistes intelligent. On retiendra notamment, la superbe scène des allumettes dans les entrailles de l'université, véritable modèle de mise en scène. Le travail sur le son participe lui aussi à la réussite du long métrage, laissant constamment planer un sentiment qui met mal à l'aise. Le casting n'est quant à lui, pas en reste, chacun jouant sa partition avec brio, parfaitement dirigés par le jeune réalisateur.
On ne peut qu'être admiratif devant ce premier film réalisé à l'âge de 20 ans qui traite son sujet sans excès, distillants les scènes horrifiques par petites doses et suscitant chez le spectateur la même curiosité que ses personnages en se posant la question suivante : Doit-on regarder ou pas ?
En effet, au-delà de l'intrigue, Amenabar propose une véritable réflexion sur le pouvoir d'attraction des images violentes. Comme l'affirme l'un de ses personnages, chaque être humain a une part de violence innée mais doit-il pour autant le développer ? La dérive à laquelle nous sommes confrontés tous les jours devant nos écrans ne fait malheureusement qu'alimenter cette réflexion.
D'une intelligence et d'une qualité cinématographique exceptionnelle pour un premier film, "Tesis" est assurément, un classique instantané marquant à l'époque, le renouveau d'un cinéma espagnol qui écrase sans hésitation ses voisins européens.