Texasville est l'occasion pour Bogdanovich de se remettre sur les rails après des échecs successifs et une crise existentielle personnelle. Il lui permet surtout de revenir vers un passé glorieux et de réaliser la suite d'une œuvre inscrite dans la pop culture, que l'auteur n'a jamais réussi à réitérer dans sa carrière. Trente années se sont écoulées depuis l’œuvre initiale, mais le film s'inscrit directement dans sa continuité, faisant des deux films une seule et même séance. Texasville est profondément marqué par la nostalgie et l’émotion liée au vieillissement des personnages. Il fonctionne comme un miroir de La Dernière Séance, reprenant de nombreux éléments du premier film, mais en les confrontant au temps qui passe. Sa profondeur vient du fait que les personnages ont un passé riche, à peine évoqué dans le film, mais pleinement compréhensible si l’on connaît le premier. L’essentiel n’est pas tant ce qui est montré à l’écran que ce qui s’est passé hors champ entre les deux films : le poids du temps et des désillusions.
Alors que La Dernière Séance était un film sur la fin d’une époque, Texasville parle du bilan de ceux qui ont réussi. Les personnages sont restés dans la ville ou y sont revenus, mais ils n’ont pas vraiment avancé. La Dernière Séance montrait la mort progressive d’une petite ville et de son âge d’or, tandis que Texasville s’intéresse aux désillusions des survivants. Par exemple, Duane est devenu un entrepreneur riche, mais il tourne en rond dans une famille dysfonctionnelle, et Jacy, après une carrière avortée d’actrice en Europe et la perte d’un enfant, revient en ville. On ne voit jamais leur succès, seulement ce qui reste après : l’impression que les rêves de jeunesse ne se sont jamais réalisés comme espéré. Le cinéma, autrefois un espace de partage, a été remplacé par la télévision et le sport. Seul Sonny reste attaché à cette mémoire cinématographique, mais son rapport au réel se trouble progressivement. La scène finale, où il « voit » un film sans écran (La Poursuite infernale de Ford) dans un stade vide, illustre la disparition du cinéma comme expérience collective.
Dès l'ouverture, un panoramique sur une antenne parabolique symbolise cette transition, soulignant comment Bogdanovich met en scène la fin d'un espace commun (le cinéma) et l’avènement de l’individualisation de la consommation médiatique (la télévision). Texasville est hanté par l’héritage du cinéma de John Ford, notamment à travers ses fêtes, parades et danses. Cependant, le film ne célèbre pas ce passé, il en montre une version pastiche où, par exemple, Bogdanovich filme une scène dans laquelle la ville rejoue une mythologie américaine, mais sous une forme grotesque et burlesque. Ce n’est pas de la nostalgie, mais une manière de dire que le passé reste omniprésent, même s’il a perdu son éclat. C'est un film hanté également par ceux qui ont disparu, car ils sont toujours avec nous, comme les souvenirs du passé et du cinéma. On voit aussi dans cette fête que la communauté fait de Duane et Jacy une image iconique d’un couple qu’ils n’ont jamais formé. Ainsi, on se remémore la fameuse conclusion de L’Homme qui tua Liberty Valance : si la légende est plus belle que la réalité, mieux vaut imprimer la légende. D'ailleurs, Duane joue le rôle qu'on attend de lui, car c'est ainsi qu'une communauté se maintient : même si l'Amérique change et évolue, il faut persister à fêter le centenaire pour que la communauté se refonde.
Enfin, le film démarre comme une comédie de remariage des années 40, où un couple séparé finit par se retrouver, mais il dévie de cette trajectoire classique pour opposer deux rapports entre les hommes et les femmes, et leur perception du temps. Les hommes croient aux principes linéaires et aux trajectoires fixes, tandis que les femmes pensent le contraire : elles ont l’intuition que la vie est circulaire, car on revient toujours aux mêmes endroits et les événements du passé ressurgissent toujours. De nouveau, on revient au très long panoramique sur la parabole en ouverture et à un lieu où rien n’a changé en vingt ans (mouvement circulaire donc féminin), tandis que le plan se termine sur le flingue bien droit de Duane qui tire en ligne droite sur une cible. C'est pourquoi le film conclut un temps résolu, celui des passions adolescentes : chacun comprend sa place respective (les personnages vont avancer ensemble dans un ménage à trois) et apprend à avancer malgré les blessures, pour mieux accepter les cicatrices du passé.