Du vide dans du vide dans du vide dans du vide

The Bling Ring était mon premier Sofia Coppola ; même si la bande-annonce ne m'avait pas spécialement intéressé, je me disais qu'il fallait en voir un, pour savoir ce qu'il en était. Et je suis plutôt mitigé.

Sofia Coppola nous plonge au coeur des petites existences des jeunes hollywoodiens, ultra riches et qui s'emmerdent, qui veulent devenir célèbres par tous les moyens, et sont totalement déconnectés de la réalité, fascinés par les likes sur facebook, les magazines people, les vies de star. La première analyse est donc sociétale : le monde du vide, de l'apparence, de l'ennui et de la vacuité de la vie ressentie par une tranche de la jeunesse, délaissée à la fois par les parents et par l'école ; en montrant l'envers du décor, sans pour autant tomber dans le moralisme ronflant.

The Bling Ring se veut donc un film cool, un "film de génération" comme il en pullule désormais, à la fois une jouissance de la vie débridée et une réflexion sur ses impasses, notamment avec le personnage de Nicki (Emma Watson), la plus vicieuse, la plus menteuse, celle qui évidemment va réussir, tout en étalant dans les médias sa prétendue "vie spirituelle" qui n'est qu'un pur mensonge ; tout est dévoyé. Dans cette perspective, The Bling Ring est bien meilleur que les production sur le même sujet, qui se veulent "symboles d'une jeunesse en détresse" comme la série Skins, qui brille encore et toujous par son intense nullité. Pour autant, dans la mise en question du consumérisme, du mode de vie individualiste à l'américaine, on est à des années lumières en-dessous d'American Psycho et de Fight Club.

Parti de ça, que reste t-il au film ? Pas grand chose. On a l'impression que Sofia Coppola peine à faire un film de tout juste une heure et demie : parce que l'histoire est assez banale (des jeunes se rencontrent, font des cambriolages, jouissent un temps de leur vie de rêve, ont un procès, vont en prison, deviennent célèbres ou non). Comme il n'y a pas d'intrigue secondaire, on subit des cambriolages à répétition ; des plans longs et pas vraiment intéressant, car les images sont somme toute convientionnelles et d'une esthétique assez bas de gamme ; et des ralentis à répétition, on ne sait pas trop pourquoi.

Car ce qui caractérise le film, c'est le vide. C'est le piège où tombent beaucoup de films qui, justement, veulent montrer le vide. Mais on ne montre pas le vide en faisant un film vide, ça n'a pas d'intérêt, et ça n'atteint pas son but. Carences du scénario, carences dans l'esthétique, carences dans le traitement des personnages. On ressort du film en se disant que le début était prometteur, avec l'entrée dans la villa de Lindsay Lohan, la décapante chanson des Sleigh Bells et le passage de la caméra sur tous les objets du consumérisme : sacs par milliers, chaussures, rouges à lèvres, glaces, fringues innombrables ; puis la majeure partie du film pâtit de son vide ; et la fin, avec l'interview de Nicki pour Vanity Fair termine le film en queue de poisson, sur le modèle d'Orange Mécanique, n'apportant aucune réponse, montrant qu'il n'y a en fait aucune solution au problème, sauve un peu le film. Sans plus.
Clment_Nosferalis
4

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Créée

le 1 janv. 2014

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