Dévoré par la solitude depuis plus d'un siècle, Frank, la créature du docteur Frankenstein, débarque à Chicago en 1930 pour demander à la scientifique Cornelia Euphronious de lui créer une compagne. Le cadavre d'Ida, une escort-girl de la mafia morte dans des circonstances troubles, est donc ramenée à la vie par cette dernière, sans aucun souvenir de sa vie passée...
And... HERE COMES THE MOTHER F***ING BRIDE!!! Ressuscitée à la fois par la main du docteur Euphronious, par l'esprit de Mary Shelley bien présente dans le film, avec la ferme intention de poursuivre l'histoire qu'elle n'a pu terminer du fait de sa situation de femme bridée par les conventions d'une époque, mais aussi et avant tout par l'actrice Maggie Gyllenhaal dont le premier (beau) film, "The Lost Daughter", en tant que réalisatrice n'avait nullement laisser envisager l'envie de faire un tel cadavre exquis de cinéma bouillonnant de genres et d'idées en roue libre à partir du récit du fameux Prométhée post-moderne et, évidemment, de "La Fiancée de Frankenstein" de James Whale.
Car, oui, "The Bride!" est bien un film Frankenstein-ien, composé d'ingrédients a priorio hétéroclites mais que le script de Gyllenhaal a malgré tout cousu entre eux pour que les éclairs de sa réalisation cherche à y insuffler une âme via un ouragan d'électricité punk !
Une des plus belles coutures de ce "monstre" cinématographique se retrouve ainsi dans celles de la transposition des aventures de ce couple de cadavres ambulants dans le Chicago des années 30, où l'éternelle persécution dont sont et seront victimes ces freaks par la masse populaire du fait de leur simple différence se marie à la perfection avec l'intrigue d'un film de gangsters à la "Bonnie and Clyde" pourchassés à la fois par les autorités, la mafia et le public.
Agrémenté de mises en abîme hors du temps de la créatrice originelle Mary Shelley sur sa créature qui y rajoutent une superbe imagerie d'outre-tombe, des coups d'éclat violents du couple face à ceux qui essaient d'entraver leur route, de la fascination de Frank pour un acteur de comédie musicale d'époque qui l'amène à traverser les écrans de cinéma pour s'imaginer à sa place ou encore de séquences dansées psychédéliques lorsque la frénésie commune du couple se réapproprie cette passion pour l'exprimer à sa manière, le pêle-mêle de genres cinématographiques que convoque "The Bride!" se fond assez naturellement en un seul pour servir le caractère hors-norme de ses personnages et le récit d'une Fiancée, d'une femme, cherchant à se définir et à s'affirmer par elle-même en s'émancipant des hommes qui veulent l'étouffer par leur emprise sur elle (cela concerne aussi bien les mafieux du passé d'Ida que Frank profitant de son amnésie pour la façonner selon ses désirs).
En soi, si Maggie Gyllenhaal en était restée là -et ça fait déjà beaucoup- son film avait déjà de quoi nous rassasier, maîtrisé sur tous ces points qui plus est, mais, malheureusement, comme emportée par la folie du docteur Frankenstein devant l'amplitude que recouvre les tenants et aboutissants de son expérience, la réalisatrice a voulu trop en faire et s'est finalement laissée dépasser sa créature.
En plus d'être assené avec la subtilité d'un marteau piqueur (la tirade finale de la Fiancée la fera même répéter "Me too !" à plusieurs reprises au cas où quelqu'un n'aurait pas encore compris), l'expression du discours féministe va se muer en un bis repetita pas très inspiré du film "Joker" et de sa suite où la Fiancée va devenir d'un coup de baguette magique scénaristique un symbole pour toutes les femmes américaines éprises de liberté. Dans le même temps, le fil rouge de course-poursuite ne parvient pas, lui, à sortir des clous des classiques dont il s'inspire, s'éparpillant autour d'un duo de policiers (Penelope Cruz et Peter Sarsgaard) qui n'a pas assez le temps de vivre à l'écran pour exister face à l'omniprésence de leurs cibles ou de rebondissements mafieux réduits à leurs stéréotypes les plus connus, et tous les artifices déployés, malgré les fulgurances qu'ils entraînent dans la démonstration de la dynamique baroque du couple de fugitifs, ne peuvent au bout d'un moment plus faire grand chose pour dissimuler un film qui fait du surplace, coincé entre altercations meurtrières et répétitions incessantes de son propos dans l'attente d'une conclusion que l'on sait tragique par avance.
"The Bride!" est donc un amalgame de composantes disparates qui arrivent souvent à produire de belles et étonnantes étincelles par leur improbable union mais dont le flux est presque toujours régi aléatoirement dans un film où Maggie Gyllenhaal a voulu trop en faire, gouvernée par de sincères et louables envies de partager son cinéma mais de façon complètement immodérée, comme enivrée par une création qu'elle pensait sans doute capable de tout au vu de la multitude de registres sur laquelle elle s'étale.
Il en restera un long-métrage malade, bordélique (sans doute handicapé par une post-production que l'on dit compliquée) et qui n'aura probablement pas les faveurs d'un large public par son approche audacieuse mais on sera de ceux qui le défendront car, au sein de ce "monstre" ressuscité, on sent malgré tout un gros coeur décharné qui y bat. Et, si on devait résumer les palpitations de celui-ci à un seul élément de la nébuleuse qui compose cette Fiancée, ce serait bien entendu celle qui lui prête ses traits: Jessie Buckley.
Aux côtés d'un excellent Christian Bale (pléonasme), l'actrice livre encore une fois un numéro exceptionnel, une prestation totalement déjantée, déchirée entre la folie et la tragédie de sa Fiancée et à la puissance d'une grenade dégoupillée qui ne semble jamais en mesure de s'épuiser à l'écran. Oui, c'est bien elle, le cœur de ce film, à en devenir même carrément iconique, elle est bel et bien THE MOTHER F***ING BRIDE!