Avant toute chose, je précise avoir lu le roman de Mary Shelley il y a deux ou trois ans, sans avoir découvert d’autres adaptations notables de la créature de Frankenstein, à l’exception de son incarnation dans la série Penny Dreadful, qui m’avait alors séduit et convaincu.
Concernant The Bride, mon premier sentiment est celui d’une œuvre inégale, tant dans son montage que dans sa capacité à nourrir totalement la curiosité du spectateur. L’introduction se révèle quelque peu pesante et maladroite.
L’idée de Maggie Gyllenhaal d’intégrer l’écrivaine Mary Shelley à la fois en tant qu'autrice et voix off dans un premier temps (avec une belle référence aux dernières versions de la préface du livre) mais aussi en tant "qu'esprit" intervenant au cœur du récit pouvait, sur le papier, constituer un parti pris audacieux en plus d'une originalité scénaristique intriguante. Son intervention enrichit tout de même notre reflexion sur la création mais surtout l'identité - et la non-identité - de nos deux protagonistes principaux.
Cependant, le résultat s’avère plus confus qu’éclairant. Cette double présence narrative complexifie le propos sans réellement l’enrichir, et finit par diluer l’impact émotionnel et philosophique du personnage de la Fiancée, auquel elle semble vouloir insuffler une dimension presque schizophrénique.
L’interprétation des acteurs demeure globalement solide, même si certaines compositions frôlent parfois une excentricité rappelant des figures issues de l’univers gothique et baroque popularisé par Batman. Les séquences chorégraphiées, en revanche, paraissent superflues. Eles interrompent un rythme qui commençait à s’installer et peinent, à mon goût, à justifier pleinement leur présence à l’écran. Les chorégraphies en elle-même ne sont pas incroyable, peut-être que le problème réside là.
Le rôle confié à Jake Gyllenhaal s’avère, quant à lui, pertinent et lui va comme un gant. Bien que secondaire, son apparition apporte une nuance intéressante et démontre une fois encore sa capacité à investir différents type de personnage.
Visuellement, le film oscille entre fantaisie assumée et ancrage plus réaliste. Cette dualité confère à l’ensemble une identité esthétique parfois déroutante mais souvent stimulante. Les costumes et les décors constituent indéniablement l’un des points forts du long-métrage, contribuant à installer une atmosphère soignée et cohérente. La bande originale, en revanche, peine à marquer les esprits et demeure relativement oubliable.
Quelques moments de violence gratuite sont bienvenue et colle parfaitement à cet univers souvent violent.
La conclusion, construite en plusieurs parties, se révèle plus aboutie. Elle concentre certains des dialogues et des thématiques les plus intéressants du film, offrant enfin la profondeur qui semblait parfois lui manquer auparavant.
En définitive, ce film apparaît aussi imparfait que les créatures qu’il met en scène, reflet d’un monde instable et fragmenté. Pour son deuxième film en tant que réalisatrice mais son premier d'envergure, Maggie Gyllenhaal propose des idées audacieuses et parfois prometteuses, mais dont l’exécution demeure inégale et laisse toutefois une impression d’inachèvement et de dispersion.