Un film très mal aimé que j'aime décidément beaucoup. Le scénario ne brille pas par son originalité - on dirait une parodie. Mais le décor est tellement extraordinaire que j'arrive à apprécier le film malgré ses défauts.
C'est typiquement un film qui mise tout sur son décor. Il est tellement impressionnant qu'il relègue les personnages au second plan. On peut reprocher aux deux personnages d'être sans intérêt et aux deux acteurs d'être mauvais, mais c'est intentionnel, puisque la maison est la vedette charismatique. Il n'est pas question qu'il y ait une compétition entre les protagonistes. D'ailleurs, l'affiche l'annonce clairement : les deux personnages humains ne sont que deux fragiles silhouettes prêtes à se faire dévorer par l'énorme monstre tapi au fond du lac.
Ce qui m'a en revanche beaucoup gênée - et me gêne toujours -, ce sont les "dialogues". Ils sont non seulement pauvres et risibles, mais ils sont très pénibles du point de vue sonore. On a constamment envie de dire aux deux acteurs - surtout la fille - de fermer leur bouche et d'ainsi épargner nos oreilles. L'actrice a une voix particulièrement désagréable, toujours sur la même note haute. Même quand elle parle, elle ne sait pas jouer ! C'est mon seul gros reproche envers le film. Les autres sont moins graves.
Comment résister au charme de cette incroyable maison endormie à trente mètres de profondeur ? Le décor désolé dépourvu de végétation qui l'entoure est d'une étrangeté immédiatement fascinante, comme une planète inconnue. On est d'abord accueilli par un long escalier en pente qui nous mène jusqu'à un portail recouvert de végétation qu'il est inutile d'ouvrir puisqu'on peut passer par-dessus. La maison à plusieurs étages datant du XIXe siècle devait être magnifique avant d'être submergée. Les deux plongeurs pénètrent par un oeil-de-boeuf du grenier et commencent leur exploration pièce par pièce en descendant jusqu'à la cave.
L'exploration - et les commentaires inutiles - occupe la première moitié du film. Le bric à brac entassé depuis des décennies dans chaque pièce est à la hauteur de l'extérieur de la maison. Grâce aux éclairages, les meubles, décorations et objets désuets paraissent étranges et inquiétants. Il y a aussi ces objets en suspension et qui peuvent bouger ou apparaître à l'improviste à cause des mouvements de l'eau, ces improbables pyramides de chaises. Ce décor en apesanteur est une merveille de poésie glauque, d'autant qu'il est parsemé de détails de plus en plus malsains. Plus on va descendre vers la cave et plus on va comprendre que cette maison cache un horrible secret et découvrir qu'elle n'est pas si déserte que ça. Ne vous attendez pas à un secret extraordinaire; on a déjà vu ce genre de truc glauque mille fois. C'est avant tout un film de maison hantée. On sent que les deux réalisateurs se fichent un peu de l'histoire et qu'elle n'est qu'un prétexte pour filmer amoureusement leur sublime décor. C'est un film où seul le voyage compte. La destination n'a que peu d'importance. C'est un parti pris risqué, mais ça a bien marché pour moi, car je suis tombée immédiatement amoureuse de la maison et n'avais d'yeux que pour elle. Chaque fois que je vois le film, c'est pour plonger viscéralement dans les profondeurs silencieuses de ce lac verdâtre et dans les entrailles de cette maison malsaine. Je me fiche un peu de ce qui se cache dans la cave. Pour être honnête, ce qui s'y trouve donne tout de même quelques frissons dans le dos; Maury et Bustillo ont soigné l'apparition des propriétaires. L'idée des masques est excellente et l'installation "artistique" à base de chaînes fait son petit effet. De même, la fuite paniquée des deux plongeurs, rendue plus anxiogène par la diminution progressive de l'oxygène dans les bouteilles, est très réussie dans un genre plus grand-guignolesque et bordélique.
Malgré ses défauts, ce film reste un bon film-exploration, même si je le trouve inférieur à "Grave Encounters" ou "Session 9" qui ont des personnages plus fouillés. Et il a au moins le mérite de proposer un lieu totalement inédit.