The Devil’s Bath raconte moins l’histoire d’une femme « fragile » que celle d’une femme qui lutte seule contre une souffrance qui la dépasse. Agnès essaie d’être une bonne épouse, une bonne croyante, une personne à sa place dans le monde qui l’entoure. Mais plus elle tente de s’adapter, plus elle semble se perdre dans une culpabilité qui finit par tout envahir.
Le film ne juge jamais réellement son personnage. Il ne la réduit ni à la folie ni à la faiblesse : il observe une femme qui cherche désespérément à calmer une douleur que personne autour d’elle ne semble capable de comprendre. Son entourage n’est pas forcément cruel, mais il ne possède pas les mots pour reconnaître ce qu’elle traverse. Sa souffrance devient alors une faute, une étrangeté, un manque de foi ou une attitude à corriger, au lieu d’être un appel à l’aide.
La religion occupe une place particulièrement intéressante dans le film. Elle n’est pas montrée uniquement comme quelque chose de mauvais : elle donne du sens, de l’espoir et un cadre à ceux qui y croient. Mais lorsqu’elle devient le seul moyen d’expliquer ce que l’on ne comprend pas, elle peut aussi enfermer. La mélancolie d’Agnès est perçue comme un mal qui aurait envahi son âme, comme une présence à retirer plutôt qu’une douleur humaine à écouter. Le titre prend alors tout son sens : le “bain du diable” ressemble à ces pensées noires qui prennent peu à peu possession du corps, de l’esprit et de l’existence.
L’ambiance du film renforce constamment cet enfermement. La forêt, les lieux abandonnés, les chemins perdus et le silence omniprésent deviennent le reflet de l’esprit d’Agnès. Pourtant, ce silence n’est jamais vraiment vide : il est rempli par l’eau, les arbres, les animaux, les bruits de pas. La nature semble presque plus présente et plus attentive qu’un monde humain incapable de la comprendre.
C’est ce qui rend le film si douloureux et actuel. Même si l’époque a changé, la souffrance psychologique reste encore souvent réduite à une “mauvaise passe”, une faiblesse ou quelque chose de dérangeant qu’il faudrait cacher. Les mots ont évolué, les soins aussi, mais beaucoup de personnes restent encore seules face à une douleur que les autres ne savent pas regarder.
Un film lent, sombre et profondément triste, qui ne cherche jamais à choquer inutilement. Il laisse simplement Agnès s’enfoncer dans un monde où personne ne parvient vraiment à la rejoindre.