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Steven Spielberg fait partie de ces rares cinéastes dont la filmographie résonne et résonnera toujours comme universelle et intemporelle. Quelque soit notre âge, quelque soit notre rapport au cinéma, son savoir et son talent virtuose de metteur en scène ne peuvent que captiver et émerveiller. Si ce dernier s'est habitué à délivrer de grandes œuvres spectaculaires tels que Indiana Jones, Jurassic Park, en passant par Tintin et le Secret de la Licorne, ou encore plus récemment Ready Player One et West Side Story, The Fabelmans sonne d'autant comme un retour aux sources car Spielberg semble renouer avec le style de ses premiers amours de cinéma et notamment avec celui de son plus grand film : E.T. l'extra-terrestre.
Toujours ancré dans un cinéma de la toute-puissance de l'image mais cette fois dans une position bien moins impressionnante, The Fabelmans accueille surtout le spectateur au sein d'une histoire retrouvant une alliance entre rêves et intime (tout ce qui faisait la beauté de E.T.). Mais là où le personnage d'Elliott découvrait la magie du rêve au travers de ce merveilleux petit extra-terrestre, le jeune Sam Fabelman va la découvrir au travers du cinéma.
Telle la plus épatante des inventions, toute son âme sera captivée par les images du film de Cecil Blount DeMille : The Greatest Show on Earth, à un tel point que ce dernier se verra à son tour totalement incarné et investi dans la création de ses propres images. En faisant dérailler son petit train électrique, en transformant ses sœurs en momie de papiers toilette, en reconstituant un champ de bataille de la Seconde Guerre Mondiale dans une étendue désertique de Phoenix... Spielberg fait évoluer les ambitions cinématographiques de Sam à mesure qu'il grandit. Il y a ici comme une certaine forme d'hommage à un cinéma artisanal où le cinéaste semble dire que parfois, une simple caméra liée à de l'ingéniosité suffisent à créer de la magie.
Mais au-delà de cette admiration touchante, quoique très hyperbolique, sur la créativité et la capacité d'émerveillement du cinéma se cache également une réflexion sur le pouvoir des images et leur relation avec le réel ;
Le cinéma de Sam est sans cesse confronté à la dureté du monde, ses images révèlent comme elles dissimulent son amertume et sa brutalité (les secrets de famille, la fragilité du couple parental, l'antisémitisme des élèves d'un lycée californien). C'est presque dans une forme de hantise que The Fabelmans parle de la manipulation des images et de l'altération du monde qui en résulte par la nouvelle forme de vérité qu'elles provoquent - bien que Spielberg ne juge jamais ses personnages en les filmant avec une grande douceur et ne manquera pas de dire que derrière cette grande inquiétude, les images composent aussi "les grands rêves que nous n'oublions jamais".
Spielberg livre un film intimement spectaculaire, un bel et mélancolique hommage au septième art. Loin d'être un film nombriliste, The Fabelmans est surtout réflexif, il en est même dommage que sa dimension joyeuse et très admirative gâchent le plaisir de la puissance de son discours malgré toutes les qualités de sa mise en scène.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Pour le meilleur comme pour le pire en 2023
Créée
le 13 avr. 2023
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