The Furious n’est pas un simple polar, c’est un électrochoc. Oubliez les tirs proprets et les héros essoufflés, ici le combat est une langue, un ballet baroque où chaque objet du quotidien – du pic à glace au vélo – devient une extension furieuse du corps. Sous la houlette du Japonais Kenji Tanigaki, virtuose des cascades, le film ressuscite le polar hongkongais avec une noirceur sud-coréenne et une lisibilité chorégraphique qui remet John Wick au rayon des séances de tai-chi pour retraités. L’intrigue, minimaliste (un père muet traque les ravisseurs de sa fille, épaulé par un journaliste en quête de vérité), n’est qu’un prétexte à une démonstration de force pure, où la violence, loin d’être gratuite, devient un art total, jubilatoire et d’une générosité hémoglobinesque rare.
Ce qui frappe, c’est l’intelligence du mouvement. Là où Hollywood noie ses bastons dans un montage épileptique, Tanigaki, tel un Fred Astaire du kung-fu, filme ses interprètes en pied, restituant chaque impact, chaque esquive avec une clarté qui exalte la prouesse physique. Mo Tse, Jackie Chan sans humour mais au charisme incassable, et Joe Taslim, moins souple mais tout aussi habité, forment un duo de justiciers taiseux qui transforme les entrepôts glauques et les boîtes de nuit en scènes d’opéra guerrier. Les ennemis, archétypes jouissifs (truand au chapeau, colosse abruti, gendre idéal diabolique), ne sont que des faire-valoir pour une partition chorégraphique d’une inventivité étourdissante, qui n’oublie jamais de servir le récit par le geste.
Au-delà du spectacle, The Furious porte une tonalité délicieusement désespérée, un nihilisme énergique qui n’exclut ni l’émotion ni l’humour noir. C’est un buffet à volonté pour les affamés d’arts martiaux, mais aussi une réflexion brute sur la vengeance et la survie, où même les enfants ne reculent devant rien. Le film n’a pas la prétention de révolutionner le genre, il l’incarne avec une maestria qui donne un coup de vieux à tout le cinéma d’action occidental. En bref : un régal de chaos maîtrisé, une claque visuelle qui vous laisse sonné, lessivé, mais étrangement ravi. À voir absolument.