Chorégraphie des corps et mécaniques anatomiques. Décors sombres, industriels et surtout seyants aux scènes d'action. Un gentil impérissable avec une caractéristique (son mutisme), Yayan Ruhian en antagoniste discret et vénéré (lui aussi avec un arc caractéristique) et le délitage d'une organisation criminelle. Voici, vulgairement, ce qui peut définir un bon nombre d'œuvres contemporaines appartenant au cinéma des arts martiaux.
Malheureusement, bien qu'éligible à toutes ces qualités, The Furious, à la différence de son père spirituel évident, The Raid, se méprend dans la liste des nécessités, car il donne bien trop d'importance aux germes d'empathie (l'utilisation de la relation parentale surenchérie par le trafic d'enfants) et pas assez à la structure du cadre et des rapports entre les personnages.
Pour un film d'action de cet acabit, avec des qualités scénaristiques aussi douteuses, c'est la cinétique du corps et de la procession des protagonistes qui doit influencer le rythme et l'amplitude des enjeux. Les organisations et autres entités structurées doivent être approfondies et prises au sérieux seulement si elles exercent un effet décisionnel durant l'entièreté de l'action et que leur pouvoir se définit au-delà du spectre filmique : les moines dans La 36e Chambre de Shaolin, le quartier général de l'immeuble dans The Raid ou encore, évidemment, la Grande Table dans John Wick. Or, on se rend bien compte ici que le film ne respecte pas cet aspect et c'est pourquoi le conflit entre la sergente et le général de la police quant au sauvetage des enfants paraît excessivement brouillon et insensé. L'organisation malfaitrice, à laquelle appartient l'organisation pédocriminelle, et les personnages qui la composent en souffrent tout autant. Sa profondeur scénaristique est si démunie qu'elle en devient dénuée d'ampleur et, naturellement, ne fait donc pas l'objet d'une haine (ou d'un sentiment quelconque) ressentie par le spectateur.
Je ne mentionnerai pas ma déception concernant le combat final et l'échec de la réalisation à sacraliser justement cette apogée car, en réalité, il recèle aussi quelques éléments bien jouissifs comme la physique des mouvements très rebondissants du personnage de Brian Le (il me semble qu'il n'a pas de nom) ou alors, évidemment, l'harmonie remarquable de ce truel à cinq.