Au vu du pedigree de Kenji Tanigaki, cascadeur et chorégraphe spécialiste de la tatane hong-kongaise, formé par Donnie Yen, forcément on ne s'attend pas à un film fin et subtil. The Furious est de fait un film de gros bourrins qui s'envoient des patates à pleine pogne, avec une flamboyance et une férocité qui font grimacer de douleur au visionnage. Techniquement c'est un sans faute, la mise en scène et la chorégraphie des bastons sont exceptionnelles, avec peu de cuts, une fluidité remarquable et une belle inventivité dans l'exploitation des décors. C'est aussi un bel hommage à la diversité du cinéma d'action d'Asie du Sud-Est : le film est tourné en Thaïlande, avec une équipe de cascadeurs japonais, produit par une société hongkongaise. Au programme un assortiment bien joliment varié de wushu chinois (Xie Miao), judo indonésien (Joe Taslim), kung fu américano-vietnamien (Brian Le), karaté américano-japonais (Joey Iwanaga), pencak silat indonésien (Yayan Ruhian) et de muay thai thaïlandais (Jeeja Yanin). C'est un bel inventaire à la Prévert que voilà et le niveau du casting est incroyable. Du moins, en ce qui concerne les arts martiaux.
Parce que oui, le bât blesse en ce qui concerne le jeu d'acteur, tout simplement catastrophique. Ce n'est pas entièrement la faute des comédien⋅nes, le film a été visiblement re-doublé en anglais de façon assez médiocre et les dialogues sont de toute façon terriblement balourds. Le scénario est lui-même assez pataud, enchaînant les facilités d'écriture et les rebondissements invraisemblables, mais on l'en excuse car il s'efface rapidement pour laisser place à l'action. Reste tout de même l'impression d'assister à un exercice de style superbement bien exécuté, qui sacrifie le fond et le jeu à une forme brutale mais jouissive.
Le cinéma d'action asiatique est encore bien vivant, et petit espoir, la présence de Jeeja Yanin au casting (dans un rôle certes assez mineur, mais qui a sa propre scène de bagarre) laisse imaginer que son futur pourrait ne pas être exclusivement masculin.