Avec "The Grill" (ou "La Cocina" en version originale), le réalisateur mexicain Alonso Ruizpalacios signe une œuvre ambitieuse, à la fois éblouissante et tumultueuse, qui transforme les cuisines d’un restaurant new-yorkais en une métaphore vibrante des fractures sociales américaines. Entre virtuosité technique et foisonnement narratif, le film dépeint avec une énergie folle le quotidien des invisibles, ces travailleurs immigrés qui nourrissent littéralement et symboliquement l’Amérique, tout en étant broyés par son système.

Dès les premières images, Ruizpalacios impose un style visuel audacieux : un noir et blanc contrasté, des plans-séquences étourdissants, et une bande-son qui mêle le cliquetis des couteaux aux cris polyglottes d’une brigade cosmopolite. La cuisine du "Grill", située à Times Square, est filmée un peu comme un sous-marin en détresse, une fourmilière anarchique où s’entrechoquent les rêves et les désillusions. Ce microcosme devient le théâtre d’une lutte des classes exacerbée : les cuisiniers sans-papiers, les serveuses épuisées, et les managers paternalistes incarnent les rouages d’un capitalisme impitoyable. Le vol d’une caisse, prétexte narratif, révèle les tensions raciales, économiques et morales qui traversent cette "Tour de Babel" .

Ruizpalacios excelle dans la mise en scène du désordre. Le plan-séquence central, où la cuisine bascule dans l’apocalypse (inondation de Cherry Coke, altercations physiques), est un morceau de bravoure. Pourtant, le film évite l’écueil du formalisme vide : chaque mouvement de caméra, chaque rupture de ton (comme le gag absurde du homard ou la diatribe d’un marginal new-yorkais) sert à souligner l’absurdité du "rêve américain". Rooney Mara, en serveuse mélancolique, et Raúl Briones, en cuisinier rebelle, portent avec justesse ces personnages tiraillés entre l’espoir et la résignation.

Si "The Grill" séduit par son ambition, il pêche parfois par excès. Les thèmes s’accumulent (immigration, avortement, exploitation, racisme) au risque de diluer le propos . Certaines scènes, comme la love story entre Pedro et Julia, manquent de subtilité, tandis que le final lourdaud joue trop la carte de la catharsis grotesque.

Un film nécessaire, malgré ses imperfections,
"The Grill" est une expérience cinématographique grisante, qui marque par son inventivité formelle et son engagement. En montrant l’envers du décor des restaurants chics de Manhattan, Ruizpalacios rappelle que le cinéma peut être à la fois spectacle et manifeste. Malgré quelques longueurs, le film reste une œuvre phare sur l’Amérique, où cette cuisine devient le creuset des utopies brisées.
A voir pour sa mise en scène virtuose, et pour ce qu’il dit de nous : une société qui festoie sans voir ceux qui la servent...

Radiohead
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le 10 avr. 2025

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Radiohead

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