Selon un adage de certains critiques, lorsqu’un cinéaste à la longue filmographie réussit son dernier long métrage, c’est qu’il est un grand réalisateur.
Avec Human Factor, Otto Preminger signe en tout cas un dernier film passionnant.
Le film est l’adaptation d’un roman de Graham Greene, avec un scénario signé Tom Stoppard, qui écrira notamment Brazil et L’Empire du soleil.
Graham Greene est un grand spécialiste des histoires d’espionnage et Human Factor s’inscrit parfaitement dans ce genre. Mais ici, on est très loin de Mission : Impossible, de James Bond ou de Jason Bourne.
Pas de cascades, pas de fusillades à chaque coin de rue. L’espionnage se pratique dans les bureaux, les couloirs et les salles de réunion. L’action passe par les dialogues, les silences et les conversations autour d’un brandy.
Dans un service de renseignements, un agent double est découvert. Après une enquête bâclée, les dirigeants de l’officine décident de faire éliminer un homme, presque au hasard, histoire de classer l’affaire et de passer à autre chose.
Le film est assez glaçant. Preminger décrit un monde du renseignement dirigé par de vieilles badernes, engoncées dans leurs certitudes et leur petit confort, qui prennent pourtant des décisions pouvant avoir des conséquences terribles.
Le réalisateur est intraitable avec ce monde en pleine déliquescence. Pas besoin d’en faire des tonnes : quelques regards, quelques dialogues et une ambiance suffisent à montrer toute l’absurdité de cette machine administrative.
Tous les acteurs sont formidables et le scénario est particulièrement bien écrit. Je suis en revanche moins convaincu par les flash-backs, qui ne me semblent pas indispensables et alourdissent parfois le propos.
Mais Human Factor reste un film passionnant, porté par ses comédiens et surtout par le regard de deux auteurs : Graham Greene et Otto Preminger.
Un film d’espionnage sans gadgets, sans héros spectaculaire et sans explosions.
Juste des hommes dans des bureaux qui prennent des décisions terribles.
À découvrir.