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A peine un mois après la sortie de son précédent film Presence, Steven Soderbergh récidive au cinéma avec The Insider, un thriller d’espionnage au casting 5 étoiles, mais à l’aspect un peu cheap.

Le mois dernier, dans ma critique de Presence, j’écrivais que cela faisait plusieurs années que Soderbergh n’était malheureusement plus un incontournable cinématographique : malgré une filmographie extrêmement (trop ?) prolifique ces dernières années, on sent que le temps est loin des Ocean’s, des Erin Brockovich ou des Che Partie 1 & Partie 2.

J’avais pourtant espoir que The Insider (Black Bag dans sa version anglophone, et l’on se demande pourquoi Universal France a choisi de changer un titre anglais par un titre anglais) relève le niveau et casse cette malédiction Soderberghienne. Le casting et la bande annonce laissaient présager un bon film d’espions. D’autant que le scénariste, David Koepp, n’en est pas à son coup d’essai puisqu’on lui doit par exemple les scripts de Mission Impossible 1 et The Ryan Initiative.

Mais ici, la magie n’opère pas. Le duo Michael Fassbender et Cate Blanchett est sans doute la seule réussite du film : l’un incarne un espion classieux à la James Bond, au charme so British, un esprit vif qui compte toujours trois coups d’avance sur tout le monde. L’autre campe sa femme, coquette mais redoutable quand on s’en prend à son couple. Les deux acteurs avaient déjà collaboré avec Soderbergh par le passé : Fassbender était à l’affiche de Piégée, en 2011, et Cate Blanchett campait un personnage de The Good German, en 2006. Dans The Insider, on retrouve avec ce duo beaucoup de Mr & Mrs Smith, les aspects humoristiques en moins.

Mais au contraire du film de Doug Liman qui était bourré d’action, The Insider apparaît paresseux, notamment dans sa première heure. Les séquences trop longues s’enchaînent, les dialogues sans fin et assez creux lors d’un dîner chez les Woodhouse, dans les locaux du bureau d’enquête… On a parfois la désagréable impression que des termes techniques et compliqués ont été ajouté à la va comme j’te pousse pour paraître intelligent. On est alors face à un film verbeux, bien loin de l’action promise dans la bande annonce. D’autant que le scénario cache volontairement la problématique de nos agents : nous savons qu’il y a une taupe parmi une liste de 5 agents du bureau (pourquoi ces cinq-là ?) – et que la femme de George Woodhouse, Kathryn, est l’un des suspects – mais nous ignorons jusqu’à tard l’objet de la fuite, le mystérieux projet Severus. Au lieu de créer du suspens, ce manque d’information m’a empêché d’entrer complètement dans le film : je suis resté assez extérieur à ce qui m’était présenté durant les deux premiers tiers de The Insider.

Le long métrage de Soderbergh est construit comme un Whodunit, ces films où le spectateur est invité à mener l’enquête pour découvrir qui est le réel malfrat. Ici en revanche, le manque de caractérisation des suspects empêche le public de s’engager pleinement dans le petit jeu proposé.

Enfin, impossible de ne pas dire un mot sur la photographie du film, vraiment dégeu… Elle m’a fait penser à sa série Mosaic, diffusée en 2018 : une abomination visuelle. Ici, dès les premières scènes, l’image m’a fait sauter au plafond : les couleurs sont ternes et les lumières baveuses. Au bureau, les plans face à la baie vitrée donnent un joli contre-jour, la lumière blanche du dehors donne à l’image un aspect laiteux qui déborde sur les personnages. Lors du dîner chez les Woodhouse, les petites lumières sur la table font des auréoles jaunâtres qui cachent la moitié de l’image. On dirait vraiment que le directeur de la photographie a quitté son école de cinéma au bout de 6 mois : éviter ce genre d’erreurs, c’est quand même la base…

Vous l’aurez compris, malgré son casting attrayant, The Insider s’inscrit dans la droite lignée des précédents longs métrages de Soderbergh : des films qui donnent l’impression d’avoir été réalisés à la va-vite, peut-être avec un manque cruel de moyens (bien que The Insider soit sorti par Universal, et produit par l’énorme boîte de production US Focus Features pour un budget estimé à 60 millions de dollars). Ce thriller d’espionnage est tout juste passable, et serait promis aux limbes de l’oubli cinématographique s’il n’était porté par un réalisateur aussi reconnu que Soder-beurk.

Créée

le 12 mars 2025

Critique lue 2.7K fois

D. Styx

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