Dire qu'il était censé, en 2012, ne plus faire de cinéma !
Steven Soderbergh fait pourtant coup double en 2025. A peine un mois après son faux film de fantôme, Presence, le revoilà sur grand écran avec, au programme, ce que l'on nous vend comme un film d'espionnage.
Sauf que l'on fait exactement la même chose qu'avec Presence. Car The Insider, ce n'est pas vraiment un film d'espionnage comme on pouvait l'attendre.
Le film est plus une oeuvre plongée dans l'univers de l'espionnage. Aucune cabriole tendance Mission : Impossible, aucun glamour Bondien à en attendre. Le masqué pressent donc que pas mal d'entre vous seront bien déçus, encore une fois, par ce qu'on a tenté de leur vendre.
Pourtant, devant The Insider, j'ai pris mon pied. Malgré son argument de départ archi classique, voir rincé, de chasse à la taupe, sans doute le poncif ultime du genre. Sauf que Soderbergh, mais surtout son acolyte au scénario, David Koepp, se tourne tout entier vers des personnages pas très sympathiques, imbus d'eux-mêmes et, par dessus tout, de leur fonction et de tout ce qu'elle permet en matière de surveillance, de contrôle et de possibilités de mensonges.
The Insider construit une galerie d'hommes et de femmes dérangés, voire psychos, chacun dans leur domaine ou dans leur jardin secret. Tandis que chacun s'épie, se jauge et essaie de percer l'autre à jour. Et surtout, se manipule.
De sorte que le meilleur de The Insider, ce n'est pas la traque de la taupe, ses intrigues de bureau ou encore cette escapade au cœur de l'Europe, histoire de garder un œil sur une femme longtemps soupçonnée de travailler contre les intérêts de son organisation et de sa patrie.
Non, ce qui a botté le masqué, ce sont ces séances de psy incisives, animées par des affrontements à fleuret plus ou moins moucheté, ou de polygraphe, occasion d'un challenge, de la révélation des secrets.
Mais ce sont surtout ces scènes autour d'une simple table, repliant le film sur lui-même et imposant ces deux réunions comme les vrais champs de bataille et le véritable cœur du film. Aucune action pourtant, mais des joutes, des révélations, des coups de poignard et des coups de colère loin des verrières des bureaux high-tech, dans toute l'intimité d'une salle à manger à moitié éclairée.
Les mots font plus mal que les balles, tout comme les suspicions et les doutes animant chaque coupable potentiel. David Koepp semble jubiler avoir jubilé avec son stylo à la main. Steven Soderbergh, lui, réussit à traduire cet intense plaisir à l'image, élégante, et dans le rythme de The Insider, d'une efficacité redoutable et qui va droit au but. Tout cela n'est pas sans rappeler un certain style Fincher, qui n'est pas étranger au plaisir procuré.
Tout comme Presence, The Insider n'est pas vraiment là où on l'attend. Mais c'est sans doute cela qui en a fait tout le prix pour le masqué, à l'image de la filmographie quasi complète de Steven Soderbergh.
Behind_the_Mask, véritable taupe model.