Réunir l’ex gratin des acteurs du film de gangster sous la caméra de Martin Scorsese avait au moins le mérite de générer le fantasme d’un grand film crépusculaire, juste une dernière fois, dans lequel le rythme d’une caméra énergique soutenue par ce fameux montage « Scorsesien », alliant vitesse et digression sur le temps, soutenu par une voix-off servant à brouiller les pistes, nous donnant un tournis qui avait fini par emporter l’adhésion totale, donnant à des grandes œuvres lyriques comme Les Affranchis ou Casino des allures de fresques définitives. Le pari est totalement raté.
Le cadre ne s’y prête absolument pas, la terrible fatalité de l’emprise du temps et du flétrissement des peaux et cette insistance de ce géant du 7ème art, probablement le dernier très grand cinéaste classique vivant, à vouloir s’accrocher coute que coute à cette possibilité de résurrection, s’avère totalement vaine. Long, éculé, porté par une étrange logique faisant appel à un champs des possibles tendant à vouloir réincarner les anciennes gloires dans une sorte de continuum illusoire, poussé dans ses derniers retranchements sur une ritournelle poussive, même la BO aux airs de musique d’ascenseur ou de salle d’attente ne parvient pas à emporter ses vieilles carcasses dans autre chose qu’une longue, longue dérive.
La famille était réunie au complet, le sujet s’y prêtait, mais rien n’y fait. Les vieilles légendes finissent par radoter en prenant cahin-caha le chemin de la postérité. Cette vaine tentative de résurrection s’avère être l’unique accroche que génère ce spectacle sans véritables fonds, le travail d’écriture laissant réellement pantois, auquel des formes boursoufflées qu’une caméra déambulant péniblement tente de régénérer. On ne finit par retenir que ça.
L’utilisation des flashbacks, et ces maquillages grossiers et ridicules, - faut pas nous prendre pour des cons non plus, on les a connu jeunes les De Niro, Pesci, Keitel - espèce d’artifice pompeux lamentable, quand un casting plus en phase avec son temps, il y avait de quoi faire avec les Stephen Graham, Jesse Plemons ou Bobby Cannavale, de vraies tronches Scorsesienne pour le coup, aurait donner une vraie plus value de crédibilité à ce casting de vieille gloire sur qui le temps à cruellement incrusté son empreinte.
On ne le dira jamais assez, les grandes fresques maffieuses de Marty savaient parfaitement accommoder la narration et le rythme à ces grands portraits d’humains en les montant comme des opéras lyriques rock’n’roll, agrémentés de scènes d’ultra violence qui ont marquées à jamais tout ceux qui ont pu les voir. C’était une autre époque. Dans The Irishman, les scènes de violence ne provoquent même plus l’effet de déstabilisation dérangeante qu’elle pouvait provoquer. C’est de la violence pour toute la famille. Du préconçu Netflix pour amateur de films de gangsters comme on les faisait avant, un jour de Black Friday.