THE LIGHTHOUSE de Robert Eggers


Il y a quatre ans, Robert Eggers déboussolait son monde avec son premier long-métrage, The Witch. Un film vendu comme horrifique mais qui, pour ma part, m’avait donné le sentiment de ressortir d’une heure et demi d’une visite forestière à l’ambiance planante et angoissante au cœur d’une famille qui doucement, progressivement, innocemment finit par être décimée. Pas un de ces films que l’on voit si souvent et dont le seul but semble être de créer le sursaut et les cris en ne misant que sur le jump-scare à outrance. The Witch m’avait laissé quelque peu sans voix justement parce que après l’avoir vu, je ne parvenais pas à le relier aux films «d’horreur» habituels que je voyais à cette époque en salle. J’ai compris un peu plus tard que j’avais alors rencontré à l’occasion de ce premier film de Eggers, l’un des pierres fondatrices d’un renouveau de ce genre de cinéma; renouveau qui se poursuit quatre ans après et qui, je le pense et l’espère, est destiné à se continuer.


Eggers, en tout cas, semble bien déterminé à ce qu’on le considère comme l’un des fers de lance de ce nouveau mouvement. Son deuxième film, The Lighthouse, se distingue beaucoup de The Witch tout en étant dans la continuité des belles bases qu’il avait posé.


Deux hommes, un jeune taciturne mystérieux et un vieux briscard décomplexé, sont conduits par bateau sur ce qu’ils appelleront eux-même un rocher perdu au beau milieu d’un mer rapidement déchaînée pour garder un phare. Leur mission doit durer quatre semaines pendant lesquelles ces deux âmes opposées autant par l’âge que par le comportement mais sans doute pas associées par le destin par hasard vont devoir cohabiter, sans personne d’autre à des kilomètres à la ronde. Seulement, une tempête empêchera leur départ de l’île.


Une tempête ou la folie qui les ronge de plus en plus profondément à mesure que les jours passent ? Sont-ils sur le rocher depuis plus de quatre semaines ? Depuis seulement quelques heures ? Depuis trois mois ? Impossible à savoir, autant qu’il est impossible de savoir où se trouve le reste du monde. C’est l’une des grandes forces du film selon moi. Toute notion de temps et d’espace est réduite à néant dès l’instant où les deux hommes descendent du bateau et le regardent s’éloigner pour regagner quelque part la civilisation. C’est comme si le spectateur se retrouvait directement parachuté avec les protagonistes dans cette bicoque et que les hommes, femmes, enfants, pays, villages du monde entier n’existait plus. Il n’y a qu’eux, ce phare et quelques mouettes.


Question évidente : celle de savoir comment l’isolement de deux êtres plus que légèrement incompatibles (ils ne «s’entendent» que lorsqu’ils ont suffisamment bu) et l’un comme l’autre semble-t-il torturés par des secrets qu’ils ont enfouis dans leur tripes agit sur eux ?
Eux deux ont besoin de parler, de vomir des choses, mais eux deux sont bloqués, brisés. Le rocher, le phare, la mer et les mouettes agissent aussi sur eux, sur leur humeur, sur leur pureté d’esprit.


La photographie de Jarin Blaschke est formidable et sublimée par ce noir et blanc saturé qui donne aux ombres et à l’intérieur de la maison et du phare une dimension glaçante. Le format, presque un carré magique, renforce l’enfermement, la suffocation de la situation quasi irrationnelle qui s’écrit face à nous.


C’est un magistral crescendo qui s’abat sur nous autant par le biais de la mise en scène de Robert Eggers que par le biais du jeu renversant de Willem Dafoe (son monologue enragé est déjà mythique selon moi) et de Robert Pattinson. La mythologie habite ce film, tout comme l’absurde dans les dialogues ou les situations. La violence, la douceur.

CeresetoBohem
9
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le 24 déc. 2019

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CeresetoBohem

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