<i>Légers spoilers.</i>
Je continue ma découverte de Li Han-hsiang, réputé l’un des plus grands noms du cinéma hong-kongais et de la Shaw Brothers. Cette adaptation de la légende des amants papillons (qu’on connaît surtout en France par <i>The Lovers</i>, la version qu’en proposa Tsui Hark) confirme Li Han-hsiang en exécutant soigneux, en pur cinéaste de studio, fondamentalement peintre, et moins désireux d’apporter son grain de sel au récit que de fignoler l’ouvrage pour en donner la version la plus parfaite, la version "officielle" (ce qu’elle est restée, semble-t-il, dans l’imaginaire hong-kongais et taïwanais). Ce n’est pas qu’un opéra qu’on adapte ici à l’écran, mais aussi ses codes totalement conservés (le film est presque entièrement chanté) : il en reprend la scénographie (il n’y a presque que des cadres larges), le décorum et son artificialité, le jeu des comédiennes tout en signes et ornements, et enfin l’abstraction (par exemple, face à la femme qui s’est déguisée en homme, le véritable garçon du récit est lui aussi joué… par une femme, sans que le film ait l’air d’y voir autre chose qu’une convention évidente, que sa mise en scène n’a même pas à interroger). Toutes ces formes et motifs méticuleusement appliqués font qu’on a d'abord du mal à voir dans ce film autre chose qu'une débauche sans âme de décors et de costumes, plus riches et fastueux que réellement porteurs d’une vision. On finit cependant par s’habituer à ces codes, et à percevoir les nuances et circonvolutions de ce qu’on prenait pour un glacis parfait : plaisir pris à la dilatation des situations, à des scènes plus allégoriques et symboliques que vraisemblables, au hors-champ outré du théâtre (ces chiens qui menacent et qu’on ne verra jamais à l’image, par exemple), ou encore aux milles manières d’éclairer ces faux décors et paysages, colorant l'histoire de multiples humeurs. Bref, le film et sa manière deviennent assez addictifs, même s’il manque une gestion convaincante du tournant tonal que prend le récit dans son dernier tiers, passant assez brusquement d’un <i>Mulan</i> universitaire potache à une tragédie chantée toutes larmes dehors.
(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.underthedeepdeepsea.com/notes-films-vus-22/">source</a>)