Tsui Hark, grand maître incontesté de la production cinématographique dans le Hong Kong des années 1990, très connu pour ses productions musclées d’action et d’arts martiaux, comme "Time and Tide" et la saga "Il était une fois en Chine", propose ici une fable romantique très éloignée de ses sensibilités habituelles.
Inspiré de la légende des Amants Papillons, l’équivalent chinois de "Roméo et Juliette", ce film rappellera aux spectateurs occidentaux la légende de Mulan : une jeune femme, jugée pas assez féminine et disciplinée par sa propre famille, se voit contrainte d’intégrer une académie sous les traits d’un homme afin de se préparer à un futur mariage forcé. Elle y tisse des liens ambigus avec ceux qu’elle rencontre, notamment un jeune homme dont elle tombe amoureuse, ce qui va les plonger dans un profond tumulte quant à la nature de leur relation naissante et, pour lui, persuadé qu’elle est un homme, quant à sa propre sexualité. Elle se retrouve alors tiraillée entre son devoir et ces sentiments nouveaux pour elle, qu’elle doit à tout prix dissimuler.
Si le film commence de manière très légère et demeure comme une comédie agréable à suivre, plus on s’approche de la fin, plus les dilemmes prennent le dessus, laissant place à une tournure bien plus tragique pour cet amour interdit. Celui-ci est porté avec brio par le duo Charlie Yeung et Nicky Wu, qui parviennent à alterner les deux registres avec une simplicité qui force le respect et touche en plein cœur.
"The Lovers" est donc un conte aussi tragique que comique, à mi-chemin entre les quiproquos humoristiques et une romance impossible et déchirante. C’est un parfait mélange d’humour, d’action, de romance et de drame, dont seul le cinéma chinois de cette époque a le secret, et sans aucun doute le film le plus touchant de la filmographie de Tsui Hark.