Il y a chez Kelly Reichardt un travail de la lenteur et du faux rythme qui, sous couvert de décalage, ne procure finalement qu'une désespérante lassitude.
Ce n'est pas ce Mastermind (facile ironie du titre) qui fera penser le contraire. Ce morne road trip qui ne change jamais de vitesse tente, avec humour d'abord, d'écrire une histoire à rebours de l'Amérique, d'en révéler, en discrète toile de fond, les travers. Le protagoniste (puisqu'on est loin du héros) incarne cette Amérique des années 1970 (et pourtant très contemporaine) : lâche et irresponsable, hypocrite, agissant mollement face à des gardiens inertes et aveugles. On saisit vite cette métaphore tirée à l'extrême.
Si finalement les quelques dernières minutes attisent notre attention en poussant le personnage dans ses retranchements (avec un acte final presque gidien par sa cruelle spontanéité), le conte ironique et (très) moral que nous délivre la réalisatrice aura aussi poussé les spectateurs dans leurs retranchements pour mux confins de leur ennui.