Dès la première séquence, (un petit vol dans un musée, avec les gamins qui font un peu le cirque en fond) on comprend que l'on est dans un film de Kelly Reichardt et que ça va se jouer dans l’observation, les regards, la composition du cadre et ce qui se passe en arrière-plan, autant que dans l’action elle-même.
Comme on peut s’y attendre, The Mastermind est un film de braquage éloigné des codes classiques du genre. Reichardt ne s’intéresse pas tant à l’acte criminel qu’à l’homme qui le commet. Elle explore ses motivations, ses hésitations, ses failles, mais aussi les conséquences de ses choix, notamment dans sa sphère intime. Le film se déroule à la fin des années 1960, reconstituée avec beaucoup de retenue. L’époque est présente sans jamais tomber dans la caricature habituelle visuelle : pas d’extravagance appuyée dans les costumes ou les coiffures, simplement une ambiance crédible et subtile.
Peu à peu, la réalisatrice nous plonge dans le quotidien de cet homme apparemment ordinaire, presque banal dans son calme. C'est assez marquant la manière dont le film fait ressentir les doutes et les tensions sans jamais forcer le trait. Il y a même par moments une ironie discrète, presque un humour qui se cache derrière. Reichardt s’éloigne volontairement des figures habituelles du film de casse : son personnage n’est ni un génie flamboyant ni un criminel caricatural. Il apparaît comme quelqu’un d’intelligent, mais profondément humain, avec ses contradictions. Son rapport à sa femme et surtout à ses enfants apporte une dimension intime qui rend le récit particulièrement touchant. On assiste moins à la préparation d’un braquage qu’à l’érosion progressive d’un équilibre (apparent) familial et personnel.
Le film repose sur une grande économie de dialogues. Reichardt fait confiance à la mise en scène pour raconter son histoire. Beaucoup de choses passent par un simple regard ou par la façon dont un personnage occupe l’espace. La scène d’ouverture au musée en est un exemple frappant, mais la dernière partie du film illustre encore davantage cette approche. On y ressent, de plus en plus, presque sans s'en rendre compte, l’isolement du personnage et l’évolution silencieuse de ses relations familiales.
Visuellement, le film adopte un style minimaliste. La photographie, feutrée, accompagne parfaitement l’atmosphère de plus en plus mélancolique du récit. La musique aux accents jazz renforce cette ambiance, ainsi que la tension qui se dégage du récit. C'est tendu sans excès, avec des comédiens parfaitement bien dirigés qui font vivre ces personnages.
Avec The Mastermind, Kelly Reichardt propose un film de braquage profondément humain, qui privilégie l’observation à l’action spectaculaire. Elle signe une œuvre sensible et subtile, avec ce qu'il faut de tension, portée par une mise en scène précise et des comédiens remarquablement dirigés.