Qu’ils se transportent de l’Oregon du début du XIXe siècle (First Cow) à l’Oregon d’aujourd’hui (Wendy et Lucy) ou, avec The Mastermind, dans le Massachusetts des années 70, les films de Kelly Reichardt n’en décrivent pas moins un phénomène apparemment intemporel : l’individualisme qui conduit des gens ordinaires à enfreindre la loi. Dans ces trois films, les personnages volent des objets dans le but de satisfaire leur seul intérêt. Le vol y apparaît à la fois comme le crime le plus simple, un geste d’égoïsme pur, et le plus grave, en tant qu’il acte la désolidarisation entre l’individu et le corps social. De fait, la cinéaste joue avec la réprobation que le spectateur peut ressentir à l’égard de ses personnages, caractérisés par leur mutisme et leur introversion en plus d’être profondément asociaux. Chez Reichardt, le personnage n’est pas intéressé par le devenir de sa communauté, il cherche simplement à s’y faire une place – et ce de façon unilatérale. La criminalité n’est pas transcendée par la défense d’une « bonne cause » – même le bien-fondé du combat écologique qui motive les militants de Night Moves à détruire un barrage hydraulique est contrebalancé par leur posture narcissique et misanthrope, qui conduira l’un d’entre eux au meurtre. C’est par simple refus de se plier aux lois sociales, simple inadéquation avec les règles du jeu économique, que le héros reichardtien renonce à sa vie ordinaire et bascule dans le crime.
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